‹ PologneChapitre 50 sur 103 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

1664-1666. Quelque désavantageux que fussent pour le pays les traités d'Oliwa et d'Andruszow, il s'en serait relevé, si des troubles intérieurs n'étaient venus encore une fois mettre obstacle au bien et énerver de plus en plus les forces vitales du royaume.

Jean-Kasimir, ayant été relevé de ses vœux et ayant obtenu des dispenses du pape, avâit épousé la veuve de son l'rère, Marie de Gonzague. Cette princesse, toute dévouée aux intérêts de la France, tenta d'assurer la survivance de la couronne polonaise au duc d'Enghien, tils du grand Condé; et Kasimir en fit lui-même la proposition dans une assemblée du sénat. Le liberum veto fut de nouveau invoqué en cette circonstance; et, quoique seul d'opposant, Maximilien Fedro, castellan de Léopol, fit avorter le projet par son retus.

Marie de Gonzague ne se tint pas

f)Our battue, et supposa, dans sa coère, que Fedro n'avait été que l'a-

fent du grand maréchal George Luomirski , illustré par les services rendus lors de la dernière guerre. La reine obtint que des poursuites fussent dirigées contre le maréchal ; ou

l'accusa d'intrigues secrètes , de conspiration , et il se trouva de faux témoins pour attester qu'il visait à jouer dans l'État le rôle du Protecteur en Angleterre, de Cromwell. Le sénat,

3 ne Marie avait préparé , le condamna onc à la mort et à la confiscation de tous ses biens; mais Lubomirski, averti à temps, réussit à gagner la Silésie.

On s'attaquait à un trop grand citoyen pour que sa cause demeurât sans défenseurs. Les services éminents du général méconnus , Ifes droits et les privilèges du noble foulés aux pieds, tout concourut à amener un soulèvement. Les palatinats de la grande Pologne formèrent une confédération, et la guerre civile ne tarda pas à éclater. Dans une première rencontre les troupes royales furent défaites , et Jean-Kasimir dut songer à venger en personne un tel échec. Du côte de la confédération on comptait douze mille hommes, commandés, par le grand maréchal et bien déterminés ; sous l'étendard du roi, vingt-six mille soldats étaient rangés. Mais, au moment d'en venir aux prises, les évéques de Krakovie et de Chelm se jetèrent entre les combattants et s'efforcèrent d'opérer une réconciliation; leurs efforts furent vains : les choses ayant été poussées trop loin , la voie des armes pouvait seule les dénouer. Kasimir, quoique fort supérieur en nombre, fut battu ; et alors Lubomirski traita de puissance à puissance. Pour la forme cependant, il demanda pardon au roi et se soumit, mais à la condition expresse que, tant que Jean-Kasimir vivrait, il ne serait pas question de pourvoir à la succession au trône.

Ce traité, conclu à Lengoniça, reçut l'approbation des états.

rRÉDICTIOIT REMARQUABLE DE JEAN-KASIMIR.

1661. Ce souverain ne se trompait pas sur l'avenir qui était réservé a Ja Pologne ; il sentait bien que les exigences de la noblesse et l'abus du veto rendaient la royauté impossible ; et c'est devant les représentants de la

nation, assemblés en 1661, qu'il prononça ce discours si mémorable : « Dieu veuille que je me trompe , s'é- « cria-t-il, mais si vous ne vous hâtez « pas de remédier aux malheurs que «.vos prétendues élections libres atti- « rent sur le pays, si vous ne renoncez « pas à vos privilèges personnels, ce « noble royaume deviendra la proie « des autres nations. Le Moskovite « nous arrachera la Russie et la Li- « thuanie; le Brandebourgeois s'empaa rera de la Prusse et de Posen ; et « l'Autriche, plus loyale que ces deux « puissances, sera obligée de faire « comme elles : elle prendra Krakovie « et la petite Pologne. » Paroles vraiment prophétiques, que les événements postérieurs ont justifiées !

Page 1