‹ PologneChapitre 53 sur 103 · Pacha de Bude. — 14. Paclia de Diarbakir · texte numérisé non relu

Pacha de Bude. — 14. Paclia de Diarbakir

i5. Laiteries. — iG. Tranchées. — 17.

Faubourgs à demi brûlés. — 18. Bastion du Lebl. — 19. Bastion de la couronne.

de chevaux, l'aile droite, un moment menacée par SélimGiérav, et poussait dans la plaine des nuées de Tatars u'il refoulait jusqu'aux montagnes de tyrie.

« Il était près de cinq heures du soir.

Jean III se proposait dfe coucher sur le champ de bataille, et de remettre au lendemain à consommer la victoire. Riais les troupes étaient exaltées par les avantages qu'elles avaient obtenus : elles marchèrent aux Ottomans ; elles les poussèrent avec plus d'ardeur : bientôt on n'aperçut que chameaux qui se pressaient sur les routes de Hongrie ; on ne discerna que nuages de poussière qui indiquaient la direction des fuyards. Le grand visir, opposant à l'effroi commun son indomptable assurance, augmentait le désordre de ses troupes par cette confiance même qui exaspérait les esprits. Il était venu ordonner le combat comme on court assister à un triomphe. Il s'attendait à voir l'armée chrétienne se briser en

3uelque sorte, sans coup férir, au pied e ses retranchements. Son cheval de bataille tout caparaçonné d'or à côté de lui, il aspirait tranquillement le frais du soir, et, abrite par une tente cramoisie contre les feux du soleil couchant, il prenait paisiblement le café

avec ses tleux fils Déjà l'œil ardent

du roi de Pologne mesurait la profondeur de ces lignes; il cherchait à en démêler le côté faible. Tout à coup il aperçoit cette tente où médite le visir.

Il s'enflamme a la vue de son ennemi ; il fait approcher les deux seules pièces qu'on eût portées à cette hauteur; il les pointe, il les dirige sur le somptueux état-major, et promet cinquante écus par volée. Malheureusement les caissons n'avaient pu suivre; quelques munitions portées à bras furent bientôt épuisées. Un peu de poudre restait encore, mais on était sans papier, sans moyen de la bourrer. Un officier français y suppléa : il jeta dans la pièce ses gants, sa perruque et un paquet de gazettes de France, et le coup partit.

Knfin les gens de pied parurent; le roi leur commanda de se saisir d'une hauteur qui dominait les quartiers de Ka-

L'UNIVERS

ra-Mustapha. Le comte de Maligny, leur chef, exécuta l'ordre avec sa valeur française , et , culbutant les avantpostes, arriva le premier sur la redoute. A cette attaque inopinée , de Fincertitude se manifeste dans les rangs ennemis. Kara- Mustapha porte tout ce qu'il avait d'infanterie a son aile droite, découvre ses flancs : à la vue de ce mouvement, le trouble, le désordre courent d'une extrémité de la ligne à l'autre. Sobieski ne doute plus du succès. « Ils sont perdus, » dit-il, et il ordonne au duc ae Lorraine d'attaquer brusquement au centre, tandis nue lui-même va renverser ces masses ébranlées. Aussitôt il pousse en avant et marche droit à cette tente rouge que chacun convoite, que chacun veut enlever. Son aigrette blanche, son arc et son carquois d'or, sa lance royale, son bouclier homérique que le fidèle Matczynski porte devant lui, plus que tout, l'enthousiasme qu'excite au loin sa personne, ne permettent pas aux Turcs de s'y méprendre. Ils reconnaissent , ils voient ce redoutable Sobieski et reculent d'effroi. Le nom du roi de Pologne vole de bouche en bouche, et glace tous les courages : « Par Allah! s'écrie avec douleur Sélim-Giéray, il est avec eux! »

« En ce moment, les hussards du prince Alexandre Sobieski , conduits par Sigismond Zwierzchowski qui tenait la tête des colonnes , s'élancèrent au cri national de : « Dieu bénisse la Pologne ! » LerégimentdeMionczynski survint ensuite , puis le reste des escadrons que guident Charles Tarlo, Czarnecki, André Potocki , Stadnicki, Zamoyski, Leszczynski, Dobczyç et autres "sénateurs et officiers de la république. Ils franchissent, bride abattue, un ravin où l'infanterie aurait hésité; ils le remontent au galop, donnent tête baissée dans les rangs ennemis, coupent en deux le corps de bataille, en justifiant le mot fameux de cette Hère noblesse à un de ses rois, qu'avec elle il n'y avait point de revers possible; que si le ciel venait à choir, les hussards le soutiendraient sur la pointe de leurs lances !

« Le choc fut rude et sanglant. Le pacha d'Alep, celui de Silistrie, périrent dans la mêlée. A l'extrême droite, quatre autres pachas tombèrent sous les coups d'Iablonowski. Le grand interprète, Mauro-Cordato, prit la fuite dans la tente même de Kara-Mustapha. Abattu, consterné de tant d'échecs, le grand visir ne put retenir ses larmes. « Peux-tu, dit-il au khan de Crimée qui arrivait entraîné par les fuyards, peux-tu me secourir? — Je connais le roi de Pologne, répondit Sélim-Giéray, je vous le disais, il n'y a rien à faire avec lui; il ne nous reste qu'à nous en aller. Regardez le firmament, ajouta-t-il, voyez si Dieu n'est pas contre nous?» Kara-Mustapha cependant essaya de ranimer , de rallier ses troupes dans le camp. Mais tout fuyait, tout était en proie à une terreur profonde. Il fut obligé de s'éloigner, de fuir lui-même.

« A six heures du soir, Jean Sobieski franchit le ravin sous le feu de quelques janissaires qui combattaient encore, et prit possession du camp turc. Il arriva le premier au quartier du visir.

A l'entrée de cette vaste enceinte , un esclave accourut, lui présentant le cheval et l'étrier d'or de Kara-Mustapha.

Il prit l'étrier et donna à un des siens l'ordre de partir sur-le-champ, d'aller vers la reine, de lui dire que celui à qui appartenait cet étrier était vaincu; puis , plantant ses enseignes dans ce caravansérail armé de toutes les nations de l'Orient, il défendit, sous peine de mort, le.désordre et le pillage, de peur de quelque surprise, et, pour ainsi dire, d'un remords des Turcs qui auraient pu revenir à la charge durant une nuit orageuse et sombre. Le roi , après être demeuré quatorze heures à cheval, s'endormit au pied d'un arbre (*). »

Vienne était délivrée, après soixante jours de tranchée ouverte. Dans cette bataille, où l'existence de l'Empire était mise en question, les Ottomaus ♦ perdirent vingt mille hommes. Les trou-

(*) M. de Salvandy, Histoire de Jean IH Sobieski.

pes alliées eurent quatre mille morts , dont quinze cents Polonais; il se trouvait parmi ces derniers cent vingt-deux of liciers (*).

(*) Voici la lettre que Sobieski écrivit ]r lendemain, dès le point du jour, à la reine Marie-Kasiraire. Elle renferme des détails curieux :

ce Seule joie de mon âme , charmante et bien -aimée Mariette, Dieu soit béni à jamais ! il a donné la victoire à notre nation; il lui a donné un triomphe tel, que les siècles passés n'en virent jamais de semblable. Toute l'artillerie, tout le camp des musulmans, des richesses infinies nous sont tombés dans les mains. Ils ont laissé en poudre et munitions pour la valeur d'un million de florins. Les approches de la ville, les champs qui l'entourent, sont couverts de morts de Vannée inûdèle, et le reste fuit dans la consternation. Avançant avec la première ligne et poussant le visir devant moi , j'ai rencontré un de ses domestiques qui m'a conduit dans les tentes de sa cour privée ; ces tentes occupent à elles seules un espace grand comme la ville de Warsovie ou de Léopol. Je me suis emparé de toutes les décorations et drapeaux qu'on a coutume de porter devant le graud visir.

Quant au grand étendard de Mahomet , que son souverain lui a conûé pour cette guerre, je l'ai envoyé au saint-père par Talenti. De plus, nous avons de riches tentes, de superbes équipages et mille autres hochets fort beaux et fort riches. Quatre ou cinq carquois , montés de rubis et de saphirs , valent seuls quelques milliers de ducats. "Vous ne me direz donc pas, mon coeur, comme les femmes tatares à leurs maris, lorsqu'ils reviennent sans butin : Tu n'es pas un guerrier, puisque tu ne m'as rien apporté; car il n'y a que l'homme qui se met en avant qui peut attraper quelque chose. J'ai aussi un cheval du visir avec tout son harnais. Lui-même a été poursuivi de fort près; mais il a échappé. Son kibog ou premier lieutenant a élé tué, ainsi qu'une foule de ses principaux officiers. Nos soldats se sont emparés de beaucoup de sabres montés en or. La nuit a mis fin à la poursuite, et d'ailleurs, tout en fuyant, les Turcs se défendent avec acharnement. A cet égard ils ont fait la plus belle reùradc du monde.

Tels étaient l'orgueil et la présomption des Turcs, nue, tandis qu'une partie de l'armée nous présentait la bataille, une autre don-

II eût été facile au grand visir de triompher presque sans combattre : il n'aurait eu qu'à barrer les défilés étroits de Calemberg, où les Polonais durent s'engager avant d'arriver devant la caitale impériale, ou bien à précipiter assaut; Vienne, réduite à la dernière extrémité, serait tombée en son pouvoir. Mais la valeur des Soliman et l'habileté des Couprougli ne présidaient plus aux destinées de la Turquie. Le triomphe de Sobieski fut donc complet, et la bataille de Vienne figure dignement à côté de celles de Tours et de Lépante. Le christianisme lui dut son salut; le croissant, jusque-là victorieux, sa décadence.

BltTSKVDK DE SOBIESKI AVEC l'eMPEREOR LÉOPOLD.

1683. L'entrée de Sobieski dans Vienne fut solennelle ; partout la foule accourait sur son passage, baisant ses habits et le bénissant comme un dieu libérateur. Le commandant, Stahremberg, fit seul les honneurs de la cité au liéros polonais ; car l'empereur, d'un caractère aussi envieux que pusillanime, ne voulut pas être témoin de son ovation. Il chercha même à éviter sa présence, sous prétexte d'étiquette ; et la manière dont un roi électif devait être reçu par un empereur devint l'objet de longs débats. Enfin , on arrêta que l'entrevue des deux souverains aurait lieu en pleine campagne.

Elle fut froide et hautaine. L'attitude glaciale de Léopold donnait un démenti au peu de paroles de gratitude soufflées par le noble duc de Lorraine et que l'empereur eut peine à articuler. « Mon frère , répondit Sobieski , je suis bien aise de vous avoir rendu ce petit service; puis, présentant le prince royal Jacques, il ajouta : Voila mon Jite, je téléve pour le service de la chrétienté. » Mais Léopold demeu-

nait l'assaut à la ville. Il est vrai qu'ils avaient de quoi fournir à tout cela. Je les estime, sans les Tatars, à trois cent mille combattants. Noire fanfan ( le prince Jacques) est brave au dernier point. »

L'UNIVERS

rant toujours immobile et muet, Sobieski , indigné, tourna bride, en s'écriant : Je pars pour l'armée; mes généraux ont ordre de vous montrer mes régiments, si cela vous plaît. » Et il se mit à la poursuite des Turcs.

Mais cette fois la fortune se déclara momentanément contre lui ; Sobieski fut battu près de Parkaiy, en Hongrie, et sa vie se trouvait même en danger, quand Charles de Lorraine, toujours généreux envers son ancien rival, accourut à son aide. Bientôt après, Sobieski répara cet échec partiel par la brillante victoire de Gran, remportée sur les musulmans.

L'empereur d'Autriche continua de se montrer ingrat envers celui qui avait sauvé son trône, en laissant manquer de tout l'armée polonaise, qui fut plus décimée par les mauvais cantonnements et la disette que par le fer des ennemis. Aussi, abreuvé de dégoûts, Sobieski rentra dans ses Ëtats; mais la pensée qui le préoccupait constamment de rendre la couronne héréditaire dans sa famille, lui fit fermer les yeux sur la conduite odieuse de l'Autriche et continuer de suivre une ligne politique opposée aux véritables intérêts de la nation.

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