TRAITÉ AVEC LA MOSKOVIE
1686. Ces mêmes calculs de famille entraînèrent Sobieski à conclure un acte des plus onéreux pour l'État. Si l'infortuné Jean-Kasimir, qui avait à lutter contre une coalition puissante , fut forcé, après avoir éprouvé toutes les chances des armes, de signer l'humiliant mais transitoire pacte d'Andruszow , Sobieski n'eût point dû, dans le plus beau moment de sa gloire et de sa puissance, se courber devant la Moskovie, en convertissant cette trêve en traité perpétuel.
Par ce traité, signé à Moskou le 6 mai 1686, Sobieski céda à perpétuité à la Moskovie Smolensk, Czerniéchow, Siéwierz, Kiiow, et renonça à s'intituler souverain de ces provinces. 11 lit également passer sous la domination des tzars les Kosaks zaporogues
de la rive gauche de Dniéper, et obtint , en échange de cette concession, un honteux salaire de 200,000 roubles, qui ne fut jamais acquitté, et la reconnaissance de l'alliance austro polonaise contre la Turquie.
Les états refusèrent de sanctionner un acte aussi ignominieux , et le négociateur, Grzymultowski , manqua même d'être massacré par les Polonais exaspérés. Ce traité n'obtint l'assentiment des états que plus tard, à la diète de 1764, mais, comme on le verra, celle-ci n'agissait déjà plus que sou* l'influence étrangère.
SUITES DE L'iNFI.UENCE AUTRICHIENNE.
1686-1695. L'Autriche, qui ne cessait d'engager Sobieski dans de nouvelles guerres avec les Turcs, en lui promettant d'assurer aux siens la possession de la Moldavie , n'envoyant ni subsides ni renforts , le roi , parvenu au cœur de la Bukowine, se vit cerné de tous côtés par de nombreux ennemis. Il ne put opérer qu'avec beaucoup de peine cette retraite si remarquable qui fut, à juste titre, comparée à l'immortelle retraite des dix mille et célébrée dans un poème épique national. La campagne qui suivit fut encore plus malheureuse; et Sobieski, après avoir perdu tout son matériel, ne ramena en Pologne qu'une armée affaiblie et découragée.
Ces fautes répétées aliénèrent au roi l'affection de la nation ; et le mécontentement général éclata aux diètes, qui devenaient de plus en plus orageuses. La reine , toujours soumise à la dévotion de l'Autriche, aigrissait encore les esprits par ses menées ambitieuses. La diète de 1689 surtout prouva combien le pays désapprouvait une telle ligne de conduite. Par suite des intrigues du cabinet devienne, l'héritière des Radziwill, qui,'' selon les projets de Sobie. ki , devait, après la mort de son premier mari, le margrave de lîrandebourg devenir la femme du prince royal, épousa secrètement le duc de ÏNeubourg, et, par cette union, donna lieu à des préteu-
uigitiz
tions sur les immenses propriétés de la famille Radziwill. La diète fut appelée à prononcer; et, dans son sein, les plus graves reproches furent adressés au roi. Ou accusa le cabinet de la reine d'être la tombe des lois et le marché où se vendaient les faveurs ; Sapiéha osa dire que le vainqueur des Turcs était Vesclave de sa femme; et lévêque de Culm s'écria en plein sénat, Sooieski étant présent: Oucesse de régner , ou régne selon les lois!
Cette diète fut rompue.
Sobieski devait encore recueillir de nouveaux déboires de ses rapports intimes avec une puissance déloyale. Une archiduchesse promise au prince Jacques, à défautde la margrave de Brandebourg, épousa le duc de Bavière. Il semblerait que tant de manques de foi successifs eussent dû dessiller les yeux au monarque polonais ; il n'en fut cependant rien, et l'Autriche, grâce au soutien fidèle qu'elle rencontrait dans la vanité blessée de Marie-Kasimire, parvint à amener une troisième expédition du roi en Moldavie, cette terre
Kromise des Sobieski. Vainement l'amassadeur français, le marquis de Béthune, s'efforça de faire repousser ce projet, en rappelant l'expérience du passé; la lutte diplomatique dégénéra en personnalités, et alla même jusqu'à une provocation en duel entre les deux ambassadeurs. Louis XIV rappela alors son ministre, et le champ demeura libre à l'Autriche. -
Cette nouvelle campagne (1691), où l'empereur s'abstint, comme toujours, d'envoyer les secours convenus, fut des plus désastreuses. L'armée périt
tiresque -sans combattre; et cette caamité permit aux Tatars d'inonder les terres russiennes, et de marquer à trois reprises, par le fer et le feu, leur présence jusqu'au centre du pays, dégarni de défenseurs. La Pologne n'en fut délivrée qu'en 1695, et quatre années de suite les malheureux nabitants eurent à gémir des erreurs de leur roi.
Quidquid délirant reges plectuntut Jchivi.