GUERRE AVEC LA SUEDE
1701. Ce début si remarquable fut
malheureusement suivi d*une mesure inhabile et dont le pays se ressentit cruellement. C'était l'époque de la grande coalition du Nord contre le héros suédois, Charles XII; et dans un voyage qu'Auguste fit à Léopol , lors du traité de Carlowitz , il rencontra le tzar Pierre le Grand, qui revenait précipitamment apaiser l'esprit mutin des strélitz, et se lia avec lui d'une amitié qui devait être funeste. Sans consulter les États et sous prétexte de regagner les provinces que la Pologne avait perdues à l'époque des Wasa, Frédéric-Auguste accéda complètement à la ligue formée.
Il battit d'abord en Livonie le général suédois Welling et remporta divers autres avantages ; mais la présence de Charles XII changea bientôt la face des choses. Le jeune monarque, après avoir défait les Moskovites à Narwa , passa la Dzwina, vainquit Auguste et envahit la Kourlande et la Livonie.
Il répondit aux États polonais qui, lui présentant cette guerre comme étant tout à fait personnelle à Auguste en sa qualité d'électeur et non de roi , le suppliaient d'évacuer la Pologne, qu'il ne déposerait le glaive qu'après avoir renversé ce dernier. Il ne restait donc plus au roi qu'à opposer une résistance désespérée aux prétentions du triomphateur, et c'est ce qu'il fit en rassemblant à la hâte une nouvelle armée aux environs de Krakovie. Une fois maître de Warsovie, Charles XII atteignit son adversaire à Kliszow; et là , la fortune le favorisa encore. Auguste, quoique supérieur en forces, fut battu à la suite d'un combat sanglant. Krakovie ouvrit ses portes au vainqueur , qui , poursuivant vigoureusement le vaincu , défit à Pultusk un corps saxon , prit Thorn , rançonna Dantzig , et poussa vivement à la déchéance de Frédéric-Auguste.
ÉLECTION DE STANISLAS LESZCZYlfS&i
1704. Jugeant les circonstances favorables , le parti qui avait été contraire à l'élection d'Auguste releva la tête; et le remuant primat lladziéjowski , qui espérait placer son pro-
tégé ÎAibomirski sur le trône, saisit l'occasion de la défaite des Saxons pour déclarer la couronne vacante. Mais ses calculs furent déjoués, car, à la place de Frédéric -Auguste, le monarque suédois fit élire Stanislas Leszczynski (*). Et comme le primat cherchait à lui inspirer une autre résolution , Charles XII répondit à ce dignitaire :
u'avez-vous donc à alléguer contre Leszczynskif — Sire, il est trop jeune, se hasarda à dire le primat. — Mais il est à peu près de mon âge ! et Charles XII tourna le dos à l'opposant (**).
Mais à peine le conquérant s'était-il rendu dans les terres russiennes, qu'Auguste rentrait en Pologne et contraignait Stanislas à chercher un refuge auprès de son protecteur. Prompt comme l'éclair , Charles XII accourut à Posen et força à la retraite le fameux général saxon Schulembourg, qui, déployant en cette circonstance tous ses talents militaires, sauva son armée et fit dire publiquement au jeune héros suédois : « Schulembourg nous a vaincus aujourd'hui ! »
Rentré à Warsovie, Stanislas Leszczynski y fut couronné.
otmiATuai d'alt-baitstadt.
1706. La tournure des affaires amena Charles XII au cœur de la Saxe; et Auguste, voyant ses États héréditaires en danger, recourut de nouveau aux armes, mais toujours en vain. Le général suédois Reinshild battit Schulembourg, qui dut principalement sa déconfiture à ses troupes auxiliaires : sept mille Moskovites lâchèrent pied dans l'action et entraînèrent les Saxons ; en outre, un régiment français, composant l'artillerie, passa du côté des vainqueurs.
Trahi sans cesse par le sort, force fut à Auguste de demander la paix; et malgré la dureté des conditions impo-
(*) Plus tard beau-père de Louis XV et duc de Lorraine. Cette province garde encore de nos jours le souvenir de Stanislas le Bienfaisant.
(**) Voltaire, Histoire de Charles XII.
sées, comme il ne restait pas d'autre moyen de salut, il fallut les accepter.
Par suite du traité qui intervint, Frédéric-Auguste, renonçant au troue de Pologne, remit à Charles XII le diplôme de son élection, rompit l'alliance avec la Moskoviè, écrivit à son successeur Leszczynski une lettre de félicitations officielles, et, à sa honte, livra l'infortuné Patkul (*).
BATAILLE DK POLTAVA.
1709. Jusque- la l'étoile victorieuse du héros suédois avait constamment brillé de l'éclat le plus vif, mais le moment approchait où elle devait pâlir. Enivré par ses succès , Charles XII résolut de détrôner Pierre le Graud ; et, dans ce but, il pénétra en Moskovie à la tête de trente-cinq mille hommes seulement. Ses premiers pas furent encore marqués par un triomphe : il battit le tzar à Hollozyn; mais au lieu de se diriger vivement sur Moskou consternée, il se laissa prendre aux promesses séduisantes de l'ataman kosak Mazeppa, et entra en Ukraine afin d'y attendre les renforts que lui amenait le général Lôvenhaupt.
Dès lors la chance tourna complètement : Lôvenhaupt fut défait par le tzar; Menzykoff s'empara de villes qu'avait occupées Mazepna, et les rigueurs de l'hiver décimèrent l'armée suédoise. Mais rien ne pouvait abattre l'âme de fer de Charles XII , qui puisait, dans l'excès môme des revers, une énergie nouvelle. Charles se jeta donc sur Poltava, qu'il assiégea ; et le tzar s'empressa de voler au secours de cette place avec soixante-dix mille hommes de troupes. Malgré l'inégalité du nombre, Charles, qui n'avait en-
(*) Patkul, noble livonien, avait déjà, avant Pavéneniènt de Charles XII , indisposé contre lui la cour de Suède par la violence de son opposition. Condamné plus tard à mort , il se réfugia chez le tzar, gagna sa confiance et devint son ambassadeur auprès d'Auguste. Tombé , à la suite du traité d'Alt-Kanstadt, en la puissance de Charles XII, il fut écartelé vif à Kaziuùcr», eu Pologne.
viron que le tiers des forces ennemies, accepta le combat, au début duquel il fut grièvement blessé. Il fallut le porter sur un brancard. L'issue et les conséquences decette journée sont connues : elles renversèrent à jamais la puissancesuédoisç et consolidèrent celle de la Moskovie. Charles XII manqua lui-même de tomber entre les mains de l'ennemi, et ne dut son salut qu'à la présence d'esprit de Poniatowski. « Cet officier , colonel de la garde de Stanislas Leszczynski, quoiqu'il n'eût point de commandement dans l'armée suédoise, devenu en cette occasion général, rallia cinq cents cavaliers auprès de la personne du roi, qu'il Gt de l'orce mettre à cheval. Cette troupe , rassemblée et ranimée par le malheur de son prince, së fit jour à travers dix régiments moskovites et conduisit Charles, au milieu des ennemis, l'espace d'une lieue, jusqu'aux bagages de l'armée suédoise (*). »
Cette journée néfaste arriva le 8 juillet 1709, et les Russes la célèbrent encore comme une féte nationale.