‹ PologneChapitre 58 sur 103 · RETOUR D'AUGUSTE II · texte numérisé non relu

RETOUR D'AUGUSTE II

1709. La bataille de Poltava changea également la position des choses en Pologne. Auguste protesta contre le traité d'Alt-Ranstadt, et se mit en mesure de ressaisir uu sceptre que la chance des combats lui avait arraché.

Leszczynski n'étant pas assez fort pour lui tenir tête, se retira en Poméranie, puis rejoignit Charles XII, dont il partagea la captivité chez les Turcs.

Une entrevue eut lieu entre Auguste II et le tzar, où l'on renouvela la coalition contre la Suède; coalition dans laquelle ces deux souverains firent entrer, outre le Danemark, l'électeur de Brandebourg, qui était déjà devenu roi de Prusse. Mais Charles XII ayant recouvré plus tard sa liberté, résolut, une fois de retour dans ses États, d'entreprendre une nouvelle expédition afin de renverser Auguste, quand la mort mystérieuse du monarque sué-

(*) Voltaire , Histoire de Charles XII.

dois vint annuler tous les projets formés par lui.

, La sœur de Charles XII , Ulrique Éléonore, reconnut, en 1720, Auguste comme roi légitime, et renonça à toutes les prétentions antérieures. Ce traité, converti par la suite ( 1732) en paix générale, mit fin aux discussions avec la Suède.

SUITES DE L'iXFLUElfCE PERNICIEUSE DE LA

Si, d'une part, les événements oui

Précèdent affranchirent la Pologne de influente suédoise, de l'autre, une domination plus fatale encore, celle de la Russie, vint peser sur le pays.

Usant de ruse à son origine elle se borna d'abord au rôle de médiatrice, et s'interposa adroitement dans les querelles sanglantes survenues entre les troupes polonaises et les troupes saxonnes , dont le roi épousait la cause contre ses sujets polonais. Le tzar réussit, en effet, à apaiser ces dissensions; mais il sut faire naître en même temps une loi stipulant que l'effectif de l'armée régulière ne dépasserait jamais vingt-quatre mille hommes.

La diète qui vota une mesure aussi impolitique mérita le surnom de diète muette f attendu qu'elle ne dura que sept heures, et sans que, dans son sein, aucune opposition s'élevât. Les nonces, imbus de ces principes aristocratiques qui tendaient uniquement à l'affaiblissement de la puissance suprême, alin de pouvoir empiéter sur les droits de la couronne, ne songeaieut pas, dans leur aveuglement, aux dangers bien plus funestes qui proviendraient un jour de l'extérieur. Les insensés, qui, n'ayant jamais visé à l'agrandissement par la conquête, se croyaient pour toujours eux-mêmes à l'abri de cette dernière !

L'alliance moskovite commençant à porter ses fruits , bientôt le tzar convoita la succession de la Kourlande, et le cabinet de Saint-Pétersbourg s'immisça ostensiblement dans toutes les affaires de la Pologne.

mort «AUGUSTE ii. Vienne. Dans la quinzaine qui suivit

cette élection , l'armée russe, répon- 1733. La mort vint frapper ce mo- dant à l'appel des opposants, occupa narque au moment même ou il se ren- Praga, faubourg de la capitale. En vain dait à la diète de Warsovie. Auguste H l'armée polonaise, composée à peine a sa place marquée parmi les souve- de huit mille combattants, défendit rains les plus distingués, et il avait vaillamment ce point : elle fut obligée déjà fait ses preuves de grand capi- de se retirer devant le nombre. Aptaine avant son élévation à la couronne puyée de vingt mille baïonnettes étrande Pologne. Si ses lumières et sa cour- gères, la faction russe , qui comptait toisie lui méritèrent l'adoration de ses une quinzaine de sénateurs, fit présujets saxons, elles lui valurent égale- valoir alors sa volonté sur celle de la ment l'estime des Polonais, qui se nation presque entière, plaisaient encore à reconnaître en lui Auguste III, fils du feu roi, fut un courage au-dessus des revers et proclamé souverain, une grandeur d'âme admirée même

des ennemis. Charles XII partageait secours kkvotés par la frakce. surtout cette opinion, et le prouva

bien , quand, après l'humiliant ultima* De son côté , la France fit promettre

tum d'Alt-Ranstadt, il renouvela près des secours à Leszczynski, réfugié à

d'Auguste la fameuse visite de Louis XI Dantzig; et c'est ainsi que les puis-

à Péronne. Il ne manqua pas de cour- sances étrangères réglaient , chacune

tisans pour exciter à la vengeance le à leur guise, les destinées d'une nation

souverain détrôné, et qui lui conseillé- qui s'était plu jusque-fà à se dire la

rent de profiter d'une démarche aussi plus libre en Europe,

imprudente; mais Auguste, non moins Mais à peine une chétive escadre,

généreux que François 1 er envers Char- portant environ deux mille hommes

les-Quint, repoussa toute insinuation de troupes, fut elle envoyée par le ca-

perfide. binet de Versailles à Dantzig. Lascy ,

renforcé par le célèbre feld-maréchal

stabislas ieszczyhsei. Munich , assiégea cette ville et y jeta

j 33 sans relâche des bombes. Les Français

qui , pour la première fois , se trou- La diète d'élection qui fut convo- vaient aux prises avec les Moskovites, nuée revint sur la loi décrétée lors de combattirent courageusement et y la mort de Sobieski , et qui excluait perdirent leur chef, le comte de Plélo. tous les indigènes de la candidature Une flotte russe, forte de vingt et une au trône. Mais l'élection n'en fut que voiles, vint précipiter le dénoûment plus orageuse, et la Russie saisit avec et contraindre Dantziç à se rendre, empressement l'occasion d'étendre le après un siège de plusieurs mois. La réseau de son influence. Le général ville fut d'autant plus impitoyablement Lascv s'approcha des frontières, à la rançonnée, que l'orgueilleux Munich, tête d'un corps moskovite, et en pro- gui se flattait de l'espoir de capturer clamant qu'il venait assurer le main- Stanislas, se vit déçu dans son attentien des franchises polonaises. Ce fut te. Ce dernier était parvenu, à travers désormais le prétexte qu'adoptèrent les mille périls, à se mettre en lieu de spoliateurs, toutes les fois que leurs sûreté; mais le comte de Monti, mitroupes envahirent le territoire na- nistre français auprès de la cour de tional. Pologne, et tous ses compatriotes, Stanislas Leszczynski, parvenu sous furent traîués dans les prisons de un déguisement à \Varsovie, v fut élu Cronstadt.

roi. Mais la nomination du beau-père La France, nous regrettons de le

de Louis XV ne pouvait convenir aux dire, dévora cet outrage en silence, de Saint-Pétersbourg et de

AUGCSTI XII.

Aux discordes intestines, aux calamités de ia guerre, succéda enfin un long repos. Dantzig, conquise, prêta hommage au nouveau souverain ; et la lutte armée venant à cesser entre la France et l'Autriche , une paix générale s'ensuivit, d'après laquelle Stanislas, nommé duc de Bar et de Lorraine, renonça au trône polonais.

Mais un calme si nécessaire était celui de l'inertie, qui, en énervant l'esprit public, devait finir par déconsidérer le pays aux veux de l'étranger. Épuisée par tant de déchirements et ne pouvant plus, quand besoin en était, imposer silence à l'animosité des partis, pour résister à l'ennemi commun, la Pologne paraissait désormais une proie presque assurée. Cette idée fatale prit lentement racine, mais d'une manière irrévocable, dans la pensée des nations limitrophes, et devint l'aiguille aimantée des calculs politiques de leurs cabinets. Le long et déplorable règne d'Auguste III donna encore naissance à cet axiome que la Pologne subsistait par l'anarchie, axiome mis trop fidèlement à l'avenir en pratique, car, à l'exception d'une seule, aucune des diètes suivantes n'arriva à terme.

Page 1