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RÉVOLUTION FRANÇAISE

Les progrès de plus en plus prononcés de la civilisation, et qui avaient, pendant de longues années , travaillé sourdement la société, se firent spontanément jour par la révolution française, saluée de tous les peuples de 1 Europe comme l'aurore d'une réforme universelle, indispensable et glorieuse.

Mais cette commotion , qui renversait violemment toutes les bases vermoulues de l'antique édifice social , s'atta*-

(*) Zajonczek , Histoire de la révolution de Pologne de 1794.

quant aux fausses idées consacrées et annulant les privilèges des classes déjà les plus favorisées par leurs richesses, devait nécessairement avoir un enfantement difficile. Dans ce débordement de tous les ressentiments , de toutes les passions , il n'est pas surprenant qu'une partie assez notable des novateurs, guidée par l'intérêt personnel ou un orgueil mal placé , ait considéré la destruction comme un moyen d'amélioration. La violence de la lutte fut attisée par la résistance, non moins extrême, des opposants à toute mesure nouvelle; et le résultat fut d'effrayer le restant de la société européenne , et de lui faire rejeter en masse tous mouvements progressifs.

Quand la Russie et la Prusse résolurent d'opérer un second partage de la Pologne, la démagogie française était loin d'avoir atteint ce degré de frénésie auquel elle arriva par la suite; mais, dans tous les cas, les principes sur lesquels elle s'appuyait différaient d'une manière sensible de ceux qui servirent de guides aux fondateurs de la constitution du 3 mai 1791. En effet, si, en France , les changements se produisaient à la voix du peuple , en Pologne ils provenaient de la noblesse; le mouvement regénérateur français suivait une pente des plus démocratiques, tandis qu'une teinte aristocratique dominait l'élan polonais ; enfin , d'un coté on abolit les privilèges des classes élevées et la royauté , de l'autre , on consacra de nouveau les démarcations sociales, et on entoura le pouvoir souverain de plus de latitude et de vigueur qu'il n'en avait jamais eu. .,

« On se battait contre la France , parce que la puissance royale y avait été ravalée, et contre la Pologne , parce qu'elle y avait été relevée , fortifiée.

Mais comment oser soutenir de bonne foi que les jacobins , ennemis jurés des rois , étaient auteurs de cette dernière réforme? Tandis qu'à l'Occident la licence, sous le manteau de l'humanité et d'une fausse philosophie, poussait d'ambitieux novateurs au renverse- j ment de tous les gouvernements , ici

des rois, aveuglés sur leurs intérêts près dans les mêmes termes. L'une

les plus chers, semblaient se liguer d'elles déclarait: qu'une nation, na-

avec leurs adversaires et s'efforcer de guère encore si florissante, avait été

les surpasser encore dans la pratique, déshonorée par un parti criminel et

afin de détruire chez les peuples tout conduite au bord de l'abîme; aue les

respect pour les droits , l'État, léser- projets de la Russie avaient été ca-

ment et les devoirs des sujets (*). » loniniés à l'intérieur et à l'étranger,

Nous devons toutefois avouer, mal- et que la générosité de cette puissance

fré ce qu'il nous en coûte , que les devait être payée par un massacre de olonais , par leur apathie et leurs dis- ses soldats , à l'instar des Vêpres Sicordes , furent en partie la cause du ciliennes. Puis toutes deux tiraient premier partage; mais, depuis cette pour conclusion du tableau de la situafuneste époque de 1772 , tout avait tion : que , pour prévenir les horreurs marché progressivement chez eux vers du jacobinisme qui se propageait en une reforme bienfaisante, et l'organi- Pologne, ainsi que pour donner une sation politique de la république était nouvelle et salutaire direction aux esde beaucoup supérieure à celle des prits, on nepouvait rien faire de mieux puissances voisines, qui prétendaient que de renfermer la république dans néanmoins savoir mieux qu'elle ce qui un cercle plus étroit, et ae lui assigner importait à son bonheur, lu 1772 , et le rang et la position d'un État de sele mot de liberté sur les lèvres, Ca- cond ordre. De cette manière , il serait therine alimenta en Pologne le feu dé* possible de lui donner, sans porter atl'anarchie ; en 1791 elle se fit gloire d'y teinte aux anciennes libertés, une avoir arrêté, grâce au complot de Targo- constitution sage et complète , pouvant wiça , des innovations ultra - monar~ seule prévenir efficacement les désorchiaues ; puis, quelques mois plus dres qui troublaient si souvent la trantard , le croirait-on ? ces mêmes inno- quillité de la Pologne et de ses voivations étaient devenues pour elle du sins (*). jacobinisme. , .

« Le sort des Polonais, dit M. de *™ " ™«™ « i* Raumer, a été cent fois plus malheu- * 01, reux que celui des peuples vaincus sur 1793.Toutesdisposée8qu'ellesfussent le champ de bataille. On recherchait à employer la violence pour exécuter leur alliance pour les calomnier; on leurs projets, la Russie et la Prusse, se faisait un plaisir de rompre des trai- afin de conserver aussi longtemps que tés solennellement conclus ; on les pous- possible la couleur hvpocrite imprimée sait à des actes que l'on condamnait au rôle odieux qu'elfes jouaient, vouplus tard; on leur prêtait des senti- lurent que la Pologne elle-même mît ments qu'ils n'avaient jamais eus. Il le sceau à son nouveau désastre par n'y a qu'une prévention aveugle , une l'organe de ses représentants et de son ignorance affectée ou une infernale ca- roi. En conséquence, elles firent orlomnie qui puisse encore accuser les donner qu'une diète serait convoquée fondateurs de la constitution du 3 mai sans retard, pour s'entendre à Camia- 1791 d'avoir été des révolutionnaires ble sur les cessions qui devaient forforcenés. » mer l'objet du second partage. Il fut

également spécifié que le droit de faire

nouvelles déclaratïows de la prÛssb et partie de cette diète serait interdit :

ue la Rosiri. 1° aux députés des contrées déjà occupées par les troupes étrangères; 2° à

1793. Le 9 avril, les ambassadeurs tous ceux qui avaient pris part à la

de ces deux puissances publièrent des constitution du 3 mai, ou qui s'étaient notes diplomatiques, conçues à peu

(*) Zajonczek, Hûtoire de la révolutio»

(*) M. de Raumer, Chule de la Pologne, de Pologne de 1794.

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déclarés en sa faveur, ou qui n'avaient Après que la note de l'ambassadeur

pas approuvé les ordonnances des Ta r- russe eut été lue, tous les membres

Sowiciens. En revanche, l'accès de la gardèrent le plus profond silence. Vint iète fut ouvert à tous ceux même ensuite le projet du nouveau démemcontre lesquels les tribunaux avaient brement, et, par trois fois différenrendu des arrêts flétrissants, et cela tes, le président demanda à la diète si dans le but cfe faciliter le choix dhom- elle y donnait son assentiment. Nulle mes vertueux et capables. réponse; un calme de mort semblait En dépit de toutes ces mesures hon- régner dans les rangs de l'assemblée, teuses prises à l'instigation de Pam- Hors de lui , le général russe Rautenbassadeur russe Sièvers, malgré les feld, se levant du siège qu'il occupait menaces et tout l'or prodigué, il se près du trône, somma le roi de mettre trouvait encore chez les représentants tin à cet incident sans exemple; mais de la nation assez d'énergie pour faire Stanislas-Auguste ayant répondu qu'il craindre une opposition "forte et écla- ne pouvait forcer les députés à parler, tante, quand Sièvers mit, le 16 juil- Rautenfeld courut chez l'ambassadeur let, le séquestre sur les biens des bons russe, d'où il revint bientôt en ancitoyens, ainsi que sur ceux du roi; nonçant que les membres de la diète il s'empara , en outre , des caisses pu- resteraient à leur poste jusqu'à ce qu'ils bliques et arrêta tous payements. eussent donné leur consentement ex- Couvert du mépris de la nation et plicite, ajoutant que, si cela ne suffitourmente par ses remords, Stanis- «ait pas, il était autorisé à prendre las-Auguste voulut un moment abdi- toutes les mesures de violence qu'il juquer la couronne et s'adressa dans ce gérait convenables (*). Plusieurs début à la tzarine; mais Catherine, qui putés se levèrent alors et protestèrent avait besoin de cet automate pour ache- vivement contre le projet de loi , mais Ter son oeuvre, lui fit répondre par ils furent aussitôt enlevés de la salle Sièvers qu'il n'était pas encore temps par des soldats russes et déportés en pour cela et qu'il devait attendre ses Sibérie.

ordres, sans quoi elle ne lui accorde- Deux jours s'écoulèrent ainsi, les rait pas de retraite sûre! Russes ayant résolu de triompher par La diète ordonnée fut donc convo- la famine de la résistance qu on leur quée à Grodno et devint le théâtre de opposait; dans ce but, nul ne put sorscènes encore inouïes dans l'histoire tir de la salle des séances, et on déparlementaire. Les ministres de Rus- fendit d'y apporter aucune nourriture, sie et de Prusse y présentèrent des no- Le troisième jour , Stanislas-Auguste tes annonçant que la première de ces et plusieurs sénateurs et députés tompuissances' occuperait, comme lui ap- bèrent en défaillance (**M/o>\s/<aw/e?tpartenant, toutes les provinces méri- feld^ assis toujours à côté du trône, uionales de la Pologne, et que la Prusse prit la main du vieux monarque, y se mettrait en possession ne la Grande mit un crayon, et signa l'acte de Pologne et des villes de Dantzig et de partage. On ouvrit ensuite les portes Tfiorn. De pareilles déclarations exci- de la salle et on fit sortir tous les tèrentau plus haut point l'indignation membres de la diète. Le noble silence de la diète, et d'énergiques protestations se firent entendre de toutes parts. (•) Au môme instant sièvers écrivait au Mais était-elle bien libre l'assemblée grand-maréchal de Lithuanie : «Le roi Inique l'on appelait à délibérer sur laques- «même doit demeurer fixé sur son (roue tion la plus importante qui eût jamais «jusqu'à ce qu'il ait cédé. Je ferai coucher été soumise à l'examen des mandatai- " ' L ' s sénateurs sur de la paille, dans la salle Tes d'un pays? Le lieu OÙ Se tenait la " des conférences, tant que ma volonté ne diète était entouré de troupes russes , « sera P as exécutée. » (Oginski , Mémoires.) et les canons de ces dernières étaient (•*) M. J. U. Niemccwicz , Notice sur le braqués sur la salle des séances! général Kosciuszko.

des mandataires du pays fut interprété comme un assentiment (*).

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