ACTE I, SCÈNE II
Je crois que ta frayeur égaleroit la mienne,
Si de telles horreurs t'avoient frappé l'esprit,
Si je t'en avois fait seulement le récit. i60
STHATONICE
A raconter ses maux souvent on les soulage.
PAULINE
Écoute ; mais il faut te dire davantage,
Et que pour mieux comprendre un si triste discours,
Tu saches ma foiblesse et mes autres amours :
Une femme d'honneur p.eut avouer sans honte 165
Ces surprises des sens que la raison surmonte; /
Ce n'est qu'en ces assauts qu'éclate la vertu.
Et l'on doute d'un cœur qui n'a point combattu.
Dans Rome, où je naquis, ce malheureux visage I)"un chevalier romain captiva le courage *; 170
11 s'appcloit Sévère : excuse les soupirs Qu'arrache encore un nom trop cher à mes désirs.
STHAT0MCE
Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa vie
Sauva des ennemis votre empereur Décie,
Qui leur tira mourant la victoire des mains, 175
Et lit tourner le sort des Perses aux Romains?
Lui qu'entre tant de morts immolés à son maître, ; ,^ '"
On ne put rencontrer, ou du moins reconnoitre 2; l
A qui Décie enfin, pour des exploits si beaux.
Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux? 180
PAILINE
Hélas! c'éloit lui-même, et jamais notre Rome
N'a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête homme ^.