‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. Publié conformément au texte de l'édition des grands écrivains de la France. Des notices, analyses et notes philologiques et littérairesChapitre 40 sur 158 · Var. Dont encore pour lui tu me vois l'àme atteinte · texte numérisé non relu

Var. Dont encore pour lui tu me vois l'àme atteinte

STRATONICE

Je crois que vous l'aimez autant qu'on peut aimer. Mais quel songe, après tout, a pu vous alarmer?

Variante curieuse ; on voit qu'à la réflexion Corneille n a pas voulu faire dire, même à Stratonice, que Pauline aime Polyeucte autant qu'on peut aimer.

3. I.a vengeance à la main, c'est-à-dire une arme, instrument de sa vengeance. M Les songes peuvent faire un grand ornement dans la protasb (exposition), pourvu qu'on ne s'en serve pas souvent. Je voudrois qu'ils eussent l'idée de la fin véritable de la pièce, mais avec quelque confusion qui n'en permit pas l'intelligence entière. C'est ainsi que je m'en suis servi dans Polyeucte. » (Corneille, Examen d'Horace.)

88 POLYEUGTE

Il n'étoit point percé de ces coups pleins de gloire 225

Qui retranchant sa vie, assurent sa mémoire;

Il senibloit triomphant, et tel que sur son char

Victorieux dans Rome entre notre César.

Après un peu d'effroi que m'a donné sa vue :

« Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due, 230

Ingrate, m'a-t-il dit; et ce jour expiré, ..-'■■

Pleure à loisir l'époux que tu m'as préféré. »

A ces mots, j'ai frémi, mon àme s'est troublée;

Ensuite des chrétiens une impie assemblée,

Pour avancer l'effet de ce discours fatal, 235

A jeté Polyeucte aux pieds de son rival.

Soudain à son secours j'ai réclamé mon père;

Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère.

J'ai vu mon père même, un poignard à la main,

Entrer le bras levé pour lui percer le sein : 240

Là ma douleur trop forte a brouillé ces images;

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages '.

Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué,

Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué :

Voilà quel est mon songe.

1. « Plusieurs personnes ont entendu dire au marquis de Sainte-Aulaire, mort à l'âge de cent ans, que l'Hôtel de Rambouillet avait condamné ce songe de Pauline. On disait que, dans une pièce chrétienne, ce songe est envoyé par Dieu même, et que, dans ce cas, Dieu, qui a en vue la conversion de Pauline, doit f.iire servir ce songe à celte même conversion ; mais qu'au contraire il semble uniquement fait pour inspirer à Pauline de la haine contre les chrétiens; qu'elle voit des chrétiens qui assassinent son mari, et qu elle devait voir tout le contraire. " (Voltaire.) — Ce scrupule était singulier. Corneille ne dit nulle part que le songe de Pauline lui fût envoyé de Dieu, et Néarque semble dire, au contraire, qu'il lui était envoyé de l'enfer (vers 59). Sainte-Aulaire (né en 1643, l'année de Polyeucte, mort en 1742), bel esprit frivole, peut bien avoir inventé l'anecdote. Voltaire ajoute • « Ce qu'on pourrait encore reprocher peut-être à, ce songe, c'est qu'il ne sert de rien dans la pièce ; ce n'est qu'un morceau de déclamation. 11 n'en est jjas ainsi du songe d'ALhalie envoyé exprès par le Dieu des Juifs; il fait entrer Athalie dans le temple... pour amener le nœud et le dénouement de la pièce... Celui de Pauline est un peu hors d'œuvre ; la pièce peut s'en passer. »

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