SCÈNE IV
POLYEUGTE, NEARQUE, PAULINE, STRATONIGE
C'est trop verser de pleurs: il est temps qu'ils tarissent, Que votre douleur cesse, et vos craintes finissent; Malgré les faux avis par vos Dieux envoyés, 393
Je suis vivant, Madame, et vous me revoyez.
PAULINE
Le jour est encor long, et ce qui j^lus m'effraie ', La moitié de l'avis se trouve déjà vraie : J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.
POLYEUGTE
Je le sais; mais enfin j'en prends peu de souci. 600
Je suis dans Mélitène, et quel que soit Sévère,
Votre père y commande, et l'on m'y considère;
Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison
D'un cœur tel que le sien craindre une trahison.
On m'avoit assuré qu'il vous faisoit visite, 603
Et je venois lui rendre un honneur qu'il mérite.
PAUIINF.
Il vient de me quitter assez triste et confus; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.
Quoi! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?
Je ferois à tous trois un trop sensible outrage. 010
J'assure mon repos, que troublent ses regards.
1. Plw,, au sens du superlatif le jAux , e.%\. fréquent au xvii° cièclo. On le trouve encore au xviii'; et toutefois, dès le temps do Corneille, il vieillissait, car le poète a corrigé plusieurs vers pour faire disparaître celte tournure.