‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. Publié conformément au texte de l'édition des grands écrivains de la France. Des notices, analyses et notes philologiques et littérairesChapitre 76 sur 158 · Vak. L'un et l'autre le frappe avec si peu d'effet · texte numérisé non relu

Vak. L'un et l'autre le frappe avec si peu d'effet

Sévère incessamment brouille ma fantaisie * :

J'espère en sa vertu; je crains sa jalousie;

Et je n'ose penser que d'un œil bien égal - 733

Polyeucte en ces lieux puisse voir son rival.

Comme entre deux rivaux la haine est naturelle,

L'entrevue aisément se termine en querelle :

L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mériter,

L'autre un désespéré qui peut trop attenter ^. 740

Quelque haute raison qui règle leur courage,

L'un conçoit de l'envie, et l'autre de l'ombrage;

La honte d'un affront, que chacun d'eux croit voir

Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir *,

Consumant dès l'abord toute leur patience, 745

Forme de la colère et de la défiance.

Et saisissant ensemble et l'époux et l'amant,

En dépit d'eux les livre à leur ressentiment.

Mais que je me figure une étrange chimère,

Et que je traite mal Polyeucte et Sévère 1 7S0

1. G'est-à-(lii-c vient troubler les images qui s'offrent à mon esprit. « Fantaisie signifiait autrefois l'imagination, et on ne se servait guère de ce mot que pour exprimer cette faculté de l'âme qui reçoit les objets sensibles. » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Fantaisie.)

2. Égal, c'est-à-dire iiuU/férent. Bossuet, dans l'Oraison funèbre d'Anne de Gonzague, dit on parlant des libertins (libres penseurs) : « S'ils le font (Dieu) égal au vice et à la vertu, quelle idole ! »

3. L'un (Sévère) voit aux mains d'autrui (Polyeucte) ce qu'il croit mériter (Pauline). L'autre (Polyeucte) voit un désespéré (Sévère) qui peut trop attenter, c'est-à-dire commettre un trop grand attentat. Ces deu.^L vers ne sont pas fort clairs. Corneille avait d'abord écrit :

Var. L'autre un désespéré qui lo lui veut ôter.

4. C'esl-à-dire ou près d'être reçue. Mais au xvti» siècle on employait indifféremment prè« de et prêt à, quoique fort différents par l'étymologie (pressus ei prsestus) et par le sens; car on peut être près de mourir sans être prêt à mourir, et vice versa. En outre, la syntaxe admettait facilement qu'on transposât à la voix active ce qui logiquement est passif. Nous-mêmes disons : chose belle à voir; le latin dit : belle à être vue [visu). — On disait aussi prêt de comme prêt à.

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