‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 12 sur 90 · ACTE /, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE /, SCÈNE III

Chercher d'un beau trépas l'illustre renommée. j^^dT' -MW*»

Le reste, tu le sais : mon abord en ces lieux""

Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux ;

Et comme il est ici le chef de la noblesse, \

Mon père fut ravi qu'il me prît pour maîtresse, 210

Et par son alliance il se crut assuré

D'être plus redoutable et plus considéré :

Il approuva sa flamme, et conclut l'hyménée;

Et moi, comme à son lit je me vis destinée,

Je donnai par devoir à son affection «15

Tout ce que l'autre avait par inclination.

Si tu peux en douter, juge-le par la crainte

Dont en ce triste jour tu me vois l'âme atteinte.^

STRATONICE

Elle fait assez voir à quel point vous l'aimez.

Mais quel songe, après tout, tient vos sens alarmés? 220

PAULINE

Je l'ai vu cette nuit, ce malheureux Sévère,

La vengeance à la main, l'œil ardent de colère :

Il n'était point couvert de ces tristes lambeaux

Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux ;

Il n'était point percé de ces coups pleins de gloire 225

Qui retranchant sa vie, assurent sa mémoire j

Il semblait triomphant, et tel que sur son char

Victorieux dans Rome entre notre César.

Après un peu d'effroi que m'a donné sa vue :

or Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due, 230

Ingrate, m'a-t-il dit ; et ce jour expiré,

1 Var. Dont encore pour lui tu me vois l'âme atteinte. Strat. Je crois que vous l'aimez autant qu'on peut aimer.

Mais quel songe, après tout, a pu vous alarmer.-* (1643-56.)

Fleure à loisir l'époux que tu m'as préféré.»

A ces mots, j'ai frémi, mon âme s'est troublée;

Ensuite des chrétiens une impie assemblée,

Pour avancer l'effet de ce discours fatal, 235

A jeté Polyeucte aux pieds de son rival.

Soudain à son secours j'ai réclamé mon père ;

Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère,

J'ai vu mon père même, un poignard à la main,

Entrer le bras levé pour lui percer le sein : 240

Là ma douleur trop forte a brouillé ces images ;

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages.

Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué.

Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué:

Voilà quel est mon songe, l

STRATONICE

Il est vrai qu'il est triste ; 245

Mais il faut que votre âme à ces frayeurs résiste : La vision, de soi, peut faire quelque horreur. Mais non pas vous donner une juste terreur. Pouvez- vous craindre un mort? pouvez- vous craindre un père Qui chérit votre époux, que votre époux révère, 250

Et dont le juste choix vous a donnée à lui. Pour s'en faire en ces lieux un ferme et sûr appui?

PAULINE Il m'en a dit autant, et rit de mes alarmes ; ' Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes. Et que sur mon époux leur troupeau ramassé 255

Ne venge tant de sang que mon père a versé. J

STRATONICE Leur secte est insensée, impie, et sacrilège, (Et dans son sacrifice use de sortilège 3

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