ACTE /, SCÈNE IV
Ah ! Pauline, en effet, tu m'as trop obéi ;
Ton courage était bon, ton devoir l'a trahi.
Que ta rébellion m'eût été favorable !
Qu'elle m'eût garanti d'un état déplorable !
Si quelque espoir me reste, il n'est plus aujourd'hui . 335
Qu'en l'absolu pouvoir qu'il te donnait sur lui ;.
Ménage en ma faveur l'amour qui le possède,
Et d'où provient mon mal fais sortir le remède.
PAULINE
Moi, moi ! que je revoie un si puissant vaiiiqueur,
Et m'expose à des yeux qui me percent le cœur ! 340
Mon père, je suis femme, et je sais ma faiblesse ;
Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse,
Et poussera sans doute, en dépit de ma foi,
Quelque soupir indigne et de vous et de moi.
Je ne le verrai point.
FÉLIX
Rassure un peu ton âme. 345
PAULINE
Il est toujours aimable, et je suis toujours femme ;
Dans le pouvoir sur moi que ses regards ont eu,
Je n'ose m'assurer de toute ma vertu.^
Je ne le verrai point.
FÉLIX
Il faut le voir, ma fille, \ Ou tu trahis ton père et toute ta famille. t 35°
C'est à moi d'obéir, puisque vous commandez ;
1 Var. Je ne me réponds pas de toute ma vertu. (1643-60.
FÉLIX Ta vertu m'est connue.
PAULINE
Elle vaincra sans doute ; Ce n'est pas le succès que mon âme redoute : Je crains ce dur combat et ces troubles puissants 355
Que fait ^ déjà chez moi la révolte des sens ; Mais puisqu'il faut combattre un ennemi que j'aime, Souffrez que je me puisse armer contre moi-même, Et qu'un peu de loisir me prépare à le voir,
FÉLIX
Jusqu'au-devant des murs je vais le recevoir ; 360
Rappelle cependant tes forces étonnées.
Et songe qu'en tes mains tu tiens nos destinées.
PAULINE
Oui, je vais de nouveau dompter mes sentiments, .*
Pour servir de victime à vos commandements.