SCÈNE PREMIÈRE
SÉVÈRE, FaBIAN
SÉVÈRE
Cependant que Félix donne ordre au sacrifice, 365
Pourrai-je prendre un temps à mes vœux si propice? Pourrai- je voir Pauline, et rendre à ses beaux yeux L'hommage souverain c^ue l'on va rendre aux Dieux? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène. Le reste est un prétexte à soulager ma peine ; ^ 370
Je viens sacrifier, mais c'est à ses beautés Que je viens immoler toutes mes volontés.
FABIAN
Vous la verrez, Seigneur.
SÉVÈRE
Ah ! quel comble de joie !
Cette chère beauté consent que je la voie ! ^ Mais ai-je sur son âme encor quelque pouvoir? 375
Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir?* Quel trouble, quel transport lui cause ma venue? Puis-je tout espérer de cette heureuse vue?
1 Far. Du reste mon esprit ne s'en met guère en peine ; (1643-56.)
* Far. Cet adorable objet consent que je le voie ! (1643-56.)
* Var. En lui parlant d'amour l'as-tu vu s'émouvoir? (1643.) Far. En lui parlant de moi l'as-tu vu s'émouvoir? (1648-60.)
Car je voudrais mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai pour l'épouser ; 380
Elles sont pour Félix, non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle ; Et si mon mauvais sort avait changé le sien, ' Je me vaincrais moi-même, et ne prétendrais rien.
FABIAN Vous la verrez, c'est tout ce que je vous puis dire. 385
SÉVÈRE
^^*où vient que tu frémis, et que ton cœur soupire? ' Ne m'aime-t-elle plus? éclaircis-moi ce point.
FABIAN ':
M*én croirez-vous. Seigneur ? ^ ne la revoyez point; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses : ,---Vous trouverez à Rome assez d'^âUtres maîtresses ; 390
Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur, Les plus grands y tiendront votre aïnour à bonheur.
SÉVÈRE
•Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale !
Que je tienne PauHne à mon sort inégale !
Elle en a mieux usé, je la dois imiter ; 395
Je n'aime mon bonheur que pour la mériter.
Voyons-la, Fabian; ton discours m'importune^/ ' '"'^x'*.'5
Allons mettre à ses pieds cette haute fortune :
Je Taî dans les combats trouvée heureusement.
En cherchant une mort digne de son amant ; 400
"^ Var. Me croyez-vous, Seigneur ? (1655.)