ACTE II, SCENE II
SÉVÈRE
Que vous êtes heureuse, et qu'un peu de soupirs
Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! ^ 480
Ainsi de vos désirs toujours reine absolue, 'P9' ^r
Les plus grands changements vous trouvent résolue ;
De la plus forte ardeur ^ vous portez vos esprits
Jusqu'à l'indifférence et peut-être au mépris ;
Et votre fermeté fait succéder sans peine 485
La faveur au dédain, et l'amour à la haine.'
Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue
M'aurait déjà guéri de vous avoir perdue ; 490
Ma raison pourrait tout sur l'amour affaibli, Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli ; Et mon feu désormais se réglant sur le vôtre, Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre."*
O trop aimable objet, qui m'avez trop charmé, 495
Est-ce là comme on aime, et m'avez-vous aimé?
PAULINE
Je vous l'ai trop fait voir. Seigneur ; et si mon âme ^
Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme, «a/"*^ iH^
Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments ! , v U^ ' Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments ; ^ 500
Mais quelque autorité que sur eux elle ait prise,
1 Far. Vous acquitte aisément de tous vos déplaisirs ! (1643-56.)
2 Vàr. De la plus forte amour . . . (1643-56.)
* Vàr. La faveur au mépris, et l'amour à la haine. (1643-56.)
* Vàr. Je me tiendrais heureux entre les bras d'un autre. (1643-60.) ^ Var. Je vous aimai, Sévère ; et si dedans mon âme
Je pouvais étouffer les restes de ma flamme, (1643-56.)
* Var. Ma raison, il est vrai, dompte mes mouvements; (1643-56.)
42 POL/EUCTE
Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ; / ' ^
Et quoique le dehors soit sans émotion,
Le dedans n'est que trouble et que séditîoiSt*'^*^'^' '
1 Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte ; 505 Votre mérite est grand, si ma raison est forte : Je le vois encor telqu'il alluma mes feux. D'autant plus puissamment solliciter mes vœux, Qu'il est environné de puissance et de gloire. Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, 510
Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu Le généreux espoir que j'en avais conçu. Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome, Et qui me range ici dessous les lois d'un homme, Repousse encor si bien l'effort de tant d'appas, c<+^*v'. 515 Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranlé pas. C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle, Que vous louiez alors en blasphémant contre elle : Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueur, Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur ; 520
Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère ^
^ N'aurait pas mérité l'amour du grand Sévère.
SÉVÈRE Ah ! Madame,*^ excusez une aveugle douleur, Qui ne connaît plus rien que l'excès du malheur : Je nommais inconstance, et prenais pour un crime ' 525
1 Var, De plus bas sentiments n'auraient pas méril^é^ Cette parfaite ^ou^ que vous m'avez portée.
(1643 6t Ï648 in-40.) Vàr. De plus bas sentiments d'une ardeur moins discrète
N'auraient pas mérité cette amour si parfaite. (i648in-i2-
1656.) a Var. Ah ! Pauline, . . . (1643-60.)
• Far. Je nommais inconstance, et prenais pour des crimes D'un vertueux devoir les efforts légitimes. (1643-56.)