‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 21 sur 90 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

SÉVÈRE

Que vous êtes heureuse, et qu'un peu de soupirs

Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! ^ 480

Ainsi de vos désirs toujours reine absolue, 'P9' ^r

Les plus grands changements vous trouvent résolue ;

De la plus forte ardeur ^ vous portez vos esprits

Jusqu'à l'indifférence et peut-être au mépris ;

Et votre fermeté fait succéder sans peine 485

La faveur au dédain, et l'amour à la haine.'

Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue

M'aurait déjà guéri de vous avoir perdue ; 490

Ma raison pourrait tout sur l'amour affaibli, Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli ; Et mon feu désormais se réglant sur le vôtre, Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre."*

O trop aimable objet, qui m'avez trop charmé, 495

Est-ce là comme on aime, et m'avez-vous aimé?

PAULINE

Je vous l'ai trop fait voir. Seigneur ; et si mon âme ^

Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme, «a/"*^ iH^

Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments ! , v U^ ' Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments ; ^ 500

Mais quelque autorité que sur eux elle ait prise,

1 Far. Vous acquitte aisément de tous vos déplaisirs ! (1643-56.)

2 Vàr. De la plus forte amour . . . (1643-56.)

* Vàr. La faveur au mépris, et l'amour à la haine. (1643-56.)

* Vàr. Je me tiendrais heureux entre les bras d'un autre. (1643-60.) ^ Var. Je vous aimai, Sévère ; et si dedans mon âme

Je pouvais étouffer les restes de ma flamme, (1643-56.)

* Var. Ma raison, il est vrai, dompte mes mouvements; (1643-56.)

42 POL/EUCTE

Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ; / ' ^

Et quoique le dehors soit sans émotion,

Le dedans n'est que trouble et que séditîoiSt*'^*^'^' '

1 Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte ; 505 Votre mérite est grand, si ma raison est forte : Je le vois encor telqu'il alluma mes feux. D'autant plus puissamment solliciter mes vœux, Qu'il est environné de puissance et de gloire. Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, 510

Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu Le généreux espoir que j'en avais conçu. Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome, Et qui me range ici dessous les lois d'un homme, Repousse encor si bien l'effort de tant d'appas, c<+^*v'. 515 Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranlé pas. C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle, Que vous louiez alors en blasphémant contre elle : Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueur, Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur ; 520

Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère ^

^ N'aurait pas mérité l'amour du grand Sévère.

SÉVÈRE Ah ! Madame,*^ excusez une aveugle douleur, Qui ne connaît plus rien que l'excès du malheur : Je nommais inconstance, et prenais pour un crime ' 525

1 Var, De plus bas sentiments n'auraient pas méril^é^ Cette parfaite ^ou^ que vous m'avez portée.

(1643 6t Ï648 in-40.) Vàr. De plus bas sentiments d'une ardeur moins discrète

N'auraient pas mérité cette amour si parfaite. (i648in-i2-

1656.) a Var. Ah ! Pauline, . . . (1643-60.)

• Far. Je nommais inconstance, et prenais pour des crimes D'un vertueux devoir les efforts légitimes. (1643-56.)

Page 1