SCÈNE V FÉLIX, Albin
FÉLIX Albin, comme est- il mort?
ALBIN
En brutal, en impie.
En bravant les tourments, en dédaignant la vie,
FÉL, [Je n'aime la pitié qu'au prix que j'en veux prendre:] Par tant de vains efforts malgré moi m'en toucher, C'est perdre avec le temps des pleurs à me fâcher. Vous m'en avez donné, mais je veux bien qu'on sache
1 Var. Tantôt jusques ici . . . (1643-56.)
Sans regret, sans murmure, et sans étonnement, 995
Dans l'obstination et l'endurcissement,
Comme un chrétien enfin, le blasphème à la bouche.
Et l'autre?
Je l'ai dit déjà, rien ne le touche.
Loin d'en être abattu, son cœur en est plus haut; On l'a violenté pour quitter l'échafaud. loop
Il est dans la prison où je l'ai vu conduire ; Mais vous êtes bien loin encor de le réduire.^
FÉLIX Que je suis malheureux !
ALBIN
Tout le monde vous plaint.
FÉLIX
/| On ne sait pas les maux dont mon cœur est atteint :
De pensers sur pensers mon âme est agitée, 1005
De soucis sur soucis elle est inquiétée ; Je sens l'amour, la haine, et la crainte, et l'espoir, La joie et la douleur tour à tour l'émouvoir ; J'entre en des sentiments qui ne sont pas croyables : J'en ai de violents, j'en ai de pitoyables, loio
ij'en ai de généreux qui n'oseraient agir. J'en ai même de bas, et qui me font rougir. J'aime ce malheureux que j'ai choisi pour gendre, Je hais l'aveugle erreur qui le vient de surprendre ; Je déplore sa perte, et le voulant sauver, 1015
J'ai la gloire des Dieux ensemble à conserver ;
1 Var. Mais vous n'êtes pas prêt encor de le réduire. (1643-56.)