‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 42 sur 90 · ACTE III, SCÈNE V Ji · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V Ji

Je redoute leur foudre et celui de Décie ; A

Il y va de ma charge, il y va de ma vie :

Ainsi ^ tantôt pour lui je m'expose au trépas,

Et tantôt je le perds pour ne me perdre pas. 1020

ALBIN Décie excusera l'amitié d'un beau-père ; Et d'ailleurs Polyeucte est d'un sang qu'on révère.

FÉLIX A punir les chrétiens son ordre est rigoureux ; Et plus l'exemple est grand, plus il est dangereux. On ne distingue point quand l'offense est publique ; 1025

Et lorsqu'on dissimule un crime domestique, ♦

Par quelle autorité peut-on, par quelle loi. Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi?

"' ALBIN Si vous n'osez avoir d'égard à sa personne, Écrivez à Décie afin qu'il en ordonne. 1030

FÉLIX Sévère me perdrait, si j'en usais ainsi : " '1

Sa haine et son pouvoir font mon plus grand souci. Si j'avais différé de punir un tel crime, Quoiqu'il soit généreux, quoiqu'il soit magnanime, Il est homme, et sensible, et je l'ai dédaigné ; 1035

Et de tant de mépris son esprit indigné,^ Que met au désespoir cet hymen de Pauline, Du courroux de Décie obtiendrait ma ruine. Pour venger un affront tout semble être permis, Et les occasions tentent les plus remis. 1040

1 Var. Aussi . . . (1655.) •

2 Var. Et des mépris reçus son esprit indigné, (1643-56.)

Peut-être, et ce soupçon n'est pas sans apparence,

Il rallume en son cœur déjà quelque espérance ;

Et croyant bientôt voir Polyeucte puni,

Il rappelle un amour à grand 'peine banni.

Juge si sa colère, en ce cas implacable, , 1045

Me ferait innocent de sauver un coupable, f Et s'il m'épargnerait, voyant par mes bontés

Une seconde fois ses desseins avortés.

.. Te dirai-je un penser indigne, bas et lâche? . i >

lye l'étouffé, il renaît; il me flatte, et me fâche : Sr^ ^ 1050

([.'ambition toujours me le vient présenter, -^^ ^ --^

Et tout ce que je puis, c'est de le détester. AtPotyeucte est ici l'appui de ma famille ; V4 \

t\ Mais si, par son trépas, l'autre épousait ma fille, "^

J'acquerrais bien par là de plus puissants appuis, 1055

Qui me mettraient plus haut cent fois que je ^e) suis. ^i^^f^o/^Mf

Mon cœur en prend par force une maligne joie ;

Mais que plutôt le ciel à tes yeux me foudroie^ '^ ^

Qu'à des pensers si bas je puisse consentir,^

Que jusque-là ma gloire ose se démentir ! '^' ' io6c

ALBIN

Votre cœur est trop bon, et votre âme trop haute. Mais vous résolvez-vous à punir cette faute?

FÉLIX

I Je vais dans la prison faire tout mon effort , A vaincre cet esprit par l'effroi de la mort ;

Et nous verrons après ce que pourra Pauline.^ 1065

ALBIN Que ferez-vous enfin, si toujours il s'obstine?

1 Var. J'emploierai puis après le pouvoir de Pauline. (1643-56.)

Page 1