‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 59 sur 90 · ACTE F, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE F, SCÈNE II

FÉLIX __

Donne-moi pour le moins le temps de la connaître : / ) Pour me faire chrétien, sers-moi de guide à l'être, Et ne dédaigne pas de m'instruire en ta foi, 1525

Ou toi-même à ton Dieu tu répondras de moi.

N'en riez point, Félix, il sera votre juge ;

Vous ne trouverez point devant lui de refuge :

Les rois et les bergers y sont d'uii même rang, j

De tous les siens sur vous il vengera le sang. 1530

FÉLIX

Je n'en répandrai plus, et quoi qu'il en arrive. Dans la foi des^hrétiens je souffrirai qu'on vive : J'en serai protecteur.

Non, non, persécutez.

Et soyez l'instrument de nos félicités :

Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffrances ; ^ 1535 Les plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple aux bonnes actions, Pour comble donne encor les persécutions. /\. >

Mais ces secrets pour vous sont fâcheux à comprendre : ' JQ Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre. 1540

FÉLIX

Je te parle sans fard, et veux être chrétien. \

Qui peut donc retarder l'effet d'un si grand bien ?

1 Var. Aussi bien un chrétien n'est rien sans les souffrances ;

Les plus cruels tourments nous sont des récompenses. (1643-56.)

FÉLIX La présenee^ importune . . .'

Et de qui? de Sévère?

FÉLIX

Pour lui seul contre toi j'ai feint tant de colère :

Dissimule un moment jusques à son départ. 1545

POLYEUCTE Félix, c'est donc ainsi que vous parlez sans fard? Portez à vos païens, portez à vos idoles Le sucre empoisonné que sèment vos paroles.^ Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien : Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien. V 1550

FÉLIX Ce zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire, Si tu cours à la mort plutôt que de m'instruire.

Je vous en parlerais ici hors de saison :

Elle est un don du ciel, et non de la raison ;

Et c'est là que bientôt, voyant Dieu face à face, 1555

Plus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.

FÉLIX Ta perte cependant me va désespérer.

Vous avez en vos mains de quoi la réparer : En vous ôtant un gendre, on vous en donne un autre,

- Var, X^ sucre empoisonné que versent vos paroles. (1643-56.)

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