ACTE V, SCÈNE VI IO
Mon époux en mourant m*a laissé ses lumières ; f
Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir, 1725
M'a dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir.
Je vois, jè^sais, je crois, je suis désa.lmsée T '7 De ce bienheureux sang tu me vois baptisée ; Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit? Conserve en me perdant ton rang et ton crédit; 1730
Redoute l'Empereur, appréhende Sévère :
Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire ; Polyeucte m'appelle à cet heureux trépas ; Je vois Néarque et lui qui me tendent les bras. Mène, mène-moi voir tes Dieux que je déteste : 1735
Ils n'en ont brisé qu'un, je briserai le reste ; On m'y verra braver tout ce que vous craignez. Ces foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez, Et saintement rebelle aux lois de la naissance. Une fois envers toi manquer d'obéissance. 1740
Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir ; C'est la grâce qui parle, et non le désespoir. Le faut-il dire encor, Félix? je suis chrétienne ! Affermis par ma mort ta fortune et la mienne : Le coup à l'un et l'autre en sera précieux, 1745
Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux,