‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 68 sur 90 · I06 POLYEUCTE · texte numérisé non relu

I06 POLYEUCTE

La faveur que pour lui je vous avais- offerte,

Au lieu de le sauver, précipite sa perte !

J'ai prié, menacé, mais sans vous émouvoir ;

Et vous m'avez cru fourbe ou de peu de pouvoir !

Eh bien ! à vos dépens vous verrez ^ que Sévère i755

Ne se vante jamais que de ce qu'il peut faire ;

Et par votre ruine il vous fera juger

Que qui peut bien vous perdre eût pu vous protéger.

Continuez aux Dieux ce service fidèle ;

Par de telles horreurs montrez-leur votre zèle. 1760

Adieu ; mais quand l'orage éclatera sur vous,

Ne doutez point du bras dont partiront les coups.

FÉLIX

Arrêtez-vous, Seigneur,^ et d'une âme apaisée

Souffrez que je vous livre une vengeance aisée. ' Ne me reprochez plus que par mes cruautés 1765

Je tâche à conserver mes tristes dignités :

Je dépose à vos pieds l'éclat de leur faux lustre.

Celle où j'ose aspirer est d'un rang plus illustre ;

Je m'y trouve forcé par un secret appas ;

Je cède à des transports que je ne connais pas ; 1770

Et par un mouvement que je ne puis entendre,

De ma fureur je passe au zèle de mon gendre. A C'est lui, n'en doutez point, dont le sang innocent ' ' ' Pour son persécuteur prie un Dieu tout- puissant ;

Son amour épandu sur toute la famille 1775

Tire après lui le père aussi bien que la fille.

J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien :

J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien.

1 l^ar. Eh bien ! à vos dépens vous saurez . . . (1643-60.)

2 Far. Arrêtez-vous, Sévère, . . . (1643-56.)

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