ACTE V, SCÈNE VI IO
C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce. Heureuse cruauté dont la suite est si douce ! 1780
Donne la main, Pauline. Apportez des liens \ Immolez à vos Dieux ces deux nouveaux chrétiens : ^Je le suis, elle Test, suivez votre colère.
PAULINE
Qu'heureusement enfin je retrouve mon père !
Cet heureux changement rend mon bonheur parfait. 1785
FÉLIX Ma fille, il n'appartient qu'à la main qui le fait.
SÉVÈRE
Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle?
De pareils changements ne vont point sans miracle.
Sans doute vos chrétiens, qu'on persécute en vain,
Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain : 1790
Ils mènent une vie avec tant d'innocence,
Que le ciel leur en doit quelque reconnaissance :
Se relever plus forts, plus ils sont abattus.
N'est pas aussi l'effet des communes vertus.
Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire ; 1795
Je n'en vois point mourir que mon cœur ^ n'en soupire ;
Et peut-être qu'un jour je les connaîtrai mieux.
J'approuve cependant que chacun ait ses Dieux,
Qu'il les serve à sa mode, et sans peur de la peine.
Si vous êtes chrétien, ne craignez plus ma haine \ 1800
Je les aime, FéHx, et de leur protecteur
Je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur.*
1 Var. Je n'en vois point mourir que ce cœur . . . (1643-56.) * Var. Je n'en veux pas en vous faire un persécuteur. (1643-63.)
Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque ; Servez bien votre Dieu, servez notre monarque. Je perdrai mon crédit envers Sa Majesté, 1805
Ou vous verrez finir cette sévérité : ^ Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage.
FÉLIX
Daigne le ciel en vous achever son ouvrage,
Et pour vous rendre un jour ce que vous méritez.
Vous inspirer^ bientôt toutes ses vérités ! 1810
Nous autres, bénissons notre heureuse aventure : Allons à nos martyrs donner la sépulture. Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu, Et faire retentir partout le nom de Dieu.