ACTE III, SCÈNE III
PAULINE
Je n'attendais pas moins de la bonté d'un père.
FÉLIX
le pouvais l'immoler à ma juste colère :
AW VOUS n'ignorez pas à quel comble d'horreur 875
De son audace impie a monté la fureur ;
Vuus l'avez pu savoir du moins de Stratonice.
PAULINE
Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.
FÉLIX
Du conseil* qu'il doit prendre il sera mieux instruit,
(jiiand il verra punir celui qui l'a séduit. S8o
Au spectacle sanglant d'un ami qu'il faut suiAre,
Lq crainte de mourir et le désir de vivre
Ressaisissent une àme avec tant de pouvoir
Que qui voit le trépas cesse de le vouloir.
Lexemple touche plus que ne fait la menace : 885
Cotte indiscrète ardeur tourne* bientôt en glace,
Et nous verrons bientôt son cœur inquiété
Mt' demander pardon de tant d'impiété.
Vous pouvez espérer qu'il change de courage * ?
FÉLIX
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage. 89u
PAULINE
Il le doit; mais, hélas ! où me renvoyez-vous. Et quels tristes hasards ne court point mon époux, iSi de son inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérais de la bonté d'un père?
V. 878. Remarquez avec quelle habileté Pauline évite de répondre directement à Félix. C'est qu'aux yeux de Pauline elle-même le supplice de Polyeucte serait aussi juste que celui de Néarque; elle ne peut faire valoir, pour sauver la tête de son mari, que le légitime amour qu'elle ressent pour lui.
V. 884. « Voilà où les maximes générales sont bien placées ; elles ne sont point ici daas la bouche d'un homme passionné, qui doit parler avec sentiment, et éviter les sentences et les lieux communs. C'est un juge qui parle, et qui dit ses raisons prises dans la connaissance du cœur humain. « (Voltaire.)
V. 887. Var. : N'ea ayez plus l'esprit si fort inquiété : Il se repentira de son impiété.
pAtLiNE. — Qwei? Vous espérez donc qu'il change «le courage ?, Éd. 1643-30.)
144 1>0LVEL'CTE.
FÉLIX
Je VOUS en fais trop voir, Pauline, à* consentir so:
Quil évite la mort par un prompt repentir.
Je devais même * peine à des crimes semblables ;
Et mettant différence entre ces deux coupables,
J'ai trahi* la justice à Tamour paternel ;
Je me suis fait pour lui moi-même criminel ; 90
Et j'attendais de vous, au milieu de vos craintes,
Plus de remercîments que je n'entends de plaintes.
PAULINE
De quui remercier qui ne me donne rien ?
Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien:
Dans roljstinatiun jusqu'au bout il demeure ; 9. .-
Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure.
FÉLIX
Sa grâce est en sa main, c'est à lui d"y rêver.
PAULINE
Faites-la tout entière.
FÉLIX
11 la peut achever.
PAULINE
Ne rabandoimez pas aux fureurs de sa secte.
FÉLIX
Je rabandoime aux lois, qu'il faut que je respecte. 910
> . 89o. \ ar. : Je lui fais trop de grâce encor de consentir. lÉd. 1643-36.)