ACTE IV, SCÈNE III
Et ce n'est pas un Dieu comme vos dieux frivoles, Insensibles et sourds, impuissants, mutilés, De bois, de marbre, ou d"or, comme vous les voulez : C'est le Dieu des chrétiens, c'est le mien, c'est le vôtre ; I Et la terre et le ciel n'en connaissent point d'autre. 1220
PAULINE
Adorez-le dans Tàme, et n'en témoignez rien.
Que je sois tout ensemble idolâtre et chrétien !
PAULINE
Ne feignez qu'un moment, laissez partir Sévère, Et donnez lieu d'agir aux bontés de mon père.
Les bontés de mon Dieu sont bien lAus h chérir : 1225
Il m'ôte* des périls^ que j'aurais pu courir, Et sans me laisser lieu de tourner en arrière, Sa faveur me couronne entrant dans la carrière ;
que Marcelle ne fera pas, Corneille a bien vu qu'il ne fallait pas lui faire développer sa pensée.
Théodore répondra à Marcelle (Théodore, II, iv) comme Polyeucte à Pauline :
Le Dieu que j'ai juré connaît tout, entend tout :
Il remplit l'univers de l'un à l'autre bout ;
Sa grandeur est sans borne ainsi que sans exemple
V. 1217. '< En les méprisant ainsi, disait Polyeucte à Félix dans Siméon Métaphraste, j'ai prouvé leur impuissance. »
V. 1218. Voir la note du vers 836. — Corneille, dans l'Imitation, traduira ainsi un verset du Psaume CXIII :
Vos dieux n'ont point de bras à lancer le tonnerre. Gentils ; ils ne sont tous que simulacres vains : C'est de l'or, de l'argent, du bois et de la pierre Qui tient sa forme de vos mains.
V. 1221. Marcelle dira de même à son camarade Genest, dans le Saint Genest de Rotrou (V, 11) :
Trompant au moins César, apaise son courroux.
V. \.l2?>.Vid.Ti?,VHermenigil(le de LaCalprenède ^III,i), la princesse Mathilde dira de même à son frère : Vous avouerez votre vraie religion « lorsque vos affaires auront changé de face ». Hermenigilde s'indigne : « C'est la tête levée et d'un front hardi qu'il lui [à Dieu) faut rendre ses hommages, et s'il faut mourir pour sa querelle, c'est avec joie qu'il faut regarder la mort, et c'est comme sur un char de triomphe qu'il faut monter sur un échafaud. » Cléobule enfiu donnera le même conseil à Didyme dans Théodore (V, m) :
Tu n'as qu'à te faire un moment de contrainte.
Donne à ton Dieu ton cœur, aux nôtres queliiue feinte