V. 1228. Voir les vers
Du premier coup de vent il me conduit au port,
Et sortant du baptême, il m'envoie à la mort. i33m
Si vous pouviez comprendre et le peu qu'est la vie,
Et de (pielles douceurs cette mort est suivie î
Mais que sert de parler de ces trésors cachés
A des esprits que Dieu n'a pas encor touchés*?
PAULINE
Cruel, car il est temps que ma douleur éclate, 1235
Et qu'un juste reproche accable une âme ingrate,
Est-ce là ce beau feu ? sont-ce là tes serments ?
Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments*?
Je ne te parlais point de l'état déplorable
Où ta mort va laisser ta femme inconsolable; 1-
.Te croyais que l'amour t'en paiierait assez.
Et je ne voulais pas de sentiments forcés;
Mais cette amour* si ferme et si bien méritée
Que tu m'aA'ais promise, et que je t'ai portée,
Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir, i?45
Te peut-elle arracher une larme, un soupir?
Y. 1232. Connaissant à Polyeucte de tels sentiments, sa mort nous toucherait aussi peu qvPe celle de Xéarque, si nous ne le savions rattaché à la vie par son amoui- pour Pauline.
Y. 1234. Ne l'oublions pas, d'après la doctrine de Port-Royal, la foi est un don de Dieu, rien ne peut la donner que Dieu; Polyeucte ne peut espérer convaincre Pauline, si la grâce n'ouvre point son cœur au christianisme; c'est à Dieu qu'il doit et qu'il va demander la conversion de Pauline. — On trouvera un mouvement semblable au vers 1663.
Y. 123.^. La comédienne Marcelle poussera le même cri dans le Saint Genest de Rotrou (V, 11) :
Cruel, puisfiuà ci' point cette erreur te possède, etc.
Mais, comme elle n'aime pas Genest. qui n'est pour elle qu'un camarade, elle est beaucoup moins touchante que Pauline. — u II me semble que ce couplet est tendre, animé, douloureux, naturel, et très à sa place. «■ (Yoltaire.) — « C'est ici, a dit très justement M. Sarcey dans une de ses Chroniques théâtrales du Temps, que se termine la première partie de la scène. C'est sur ce point que tout son etïort doit porter et aboutir. Quand vous voyez deux partenaires à l'escrime se tâtant du fleuret, ils montrent par leur attitude, par leurs feintes, qu'ils méditent un coup décisif. On l'attend, on le voit venir. Eh bien, c'est la même chose en cette scène. Elle doit marcher grand traia à ce Cruel, qui est le mot important, le mot caractéristique. »
Y. 1237. A partir de ce moment, le ton de Pauline devient plus passionné ; jusqu'ici elle disait vous à l'époux auquel elle n'est unie que depuis quinze jours: elle le tutoiera désormais.
Y. 1240. 11 faut éviter de rimer par des adjectifs, dont le sens est voisin, comme le fait ici Corneille, et comme l'a fait si souvent Yoltaire dans s^= tragédies.
Y. 12 43. Pauline a un juste sentiment de ce qu'elle vaut.