SÉVÈRE, PAULINE, FABIAN
SÉVÈRE
Dans mon étonnement, Je suis confus pour lui de son aveuglement ; Sa résolution a si peu de pareilles isis
Qu'à peine je me fie encore à mes oreilles. Un cœur qui vous chérit (mais quel cœur assez bas Aurait pu vous connaître, et ne vous chérir pas?),
Polyeucte, Polynice mourant disait déjà dans VAiilif/07ie du même Rotroii, en parlant de sa femme :
Trouvez-lui dans la Grèce un parti digne d'elle: Et que cet autre hyrnen lui puisse ôtre aussi doux Que le premier fut triste 1
. V. 1301. A nos yeux ressemble, il faut en convenir, à une cheville.
V. 1304. Le sens aurait voulu : qu'ait vu neutre Rome et qu'ait adoré la terre.
V. 1312. La grandeur d'âme de Polyeucte, cédant à un rival celle qu'il aime encore, est si admirable, et l'on attend avec une telle curiosité les paroles que vont échanger Pauline et Sévère, qu'on oublie que le prisonnier n'a pas le droit de donner des ordres à ses gardiens, et qu'on ne s'aperçoit pas que la sortie de Polveucte est mal amenée.
V. 1313. Après un silence, Sévère se tourne vers Pauline, que la surprise, l'émotion et l'admiration ont rendue muette.
174 POLVÈUCTE.
Un homme aimé de vous, sitôt qu'il vous possède,
Sans regret il vous quitte; il fait plus, il vous cède; 1320 w
Et comme si a'os feux étaient un don fatal,
Il en fait un présent lui-même à son rival!
Certes, ou les chrétiens ont d'étranges manies*,
Ou leurs féhcités * doiA'ent être infinies,
Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter isjô i
Ce que de tout l'empire il faudrait acheter.
Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt propices. Eussent de votre hymen honoré mes services. Je n'aurais adoré que l'éclat de vos yeux.
J'en aurais fait mes rois, j'en aurais fait mes Dieux; 1330 1
On m'aurait mis en poudi^e, on m'aurait mis en cendre, •
Avant que...
PAULINE
Brisons là : je crains de trop entendre, Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux. Ne pousse quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connaissez Pauhne tout entière. 133.-)
Mon Polyeucte touche à son heure dernière; Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment : Vous en êtes la cause encor * qu'innocemment. Je ne sais si votre âme, à vos désirs ouverte, Aurait osé former quelque espoir sur sa perte; i3i<i
Y. 1320. Un homme aimé de vous, il, voilà deux sujets pour le même verbe. On peut dire, il est vrai, que un homme aiiné de vous est ici une sorte de proposition exclamative; M. Hëmon l'explique avec raison ainsi : « Eh quoi! un homme est aimé de vous, et il vous quitte! »
\. 1321. Il y a dans tout ce couplet de Sévère un peu de rhétorique; mais Corneille Ta voulu ainsi, puisque c'est pendant ces deux couplets de Polyeucte et de Sévère que, sous l'influence de son admiration pour le chrétien, Tamour de Pauhne passe de Sévère à Polyeucte.
V. 1327. Les vers qui suivent ont inspiré une exquise mélodie à M. Gounod dans son bel opéra de Polyeucte.
Y. 1331. « E7i poudre, en cendre: c'est une petite négligence, qui n'alïaiblit pas les sublimes et pathétiques beautés de cette scène, m (Voltaire.)
Y. 1334. « L'ne chaleur qui sent les premiers feux, et qui pousse une suite, cela est mal écrit, d'accord; mais le sentiment l'emporte ici sur les termes, et le reste est d'une beauté dont il n'y eut jamais d'exemple. Les Grecs étaient des déclamateurs froids en comparaison de cet endroit de Corneille. » Voltaire.)
Y. 1336. Nous avons indiqué dans notre Notice sur Polyeucte quelle importance Rachel donnait avec raison à ces deux mots : Mon Polyeucte.
V. 1340. Elle comprend bien que Sévère a en effet formé quelque espérance, par suite de la résignation de Polyeucte.