ACTE V, SCÈNE II
POLVEUCTE.
^Je VOUS en parlerais ici hors de saison : nie est un don du ciel, et non de la raison; |t c'est là que bientôt, voyant Dieu face à face, 1555
lus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.
Ta perte cependant me va désespérer.
Vous avez en vos mains de quoi la réparer :
En vous ôtant un gendre, on vous en donne un autre,
Dont la condition répond mieux à la vôtre ; i56o
Ma perte n'est pour vous qu'un change* avantageux".
FÉLIX
Cesse de me tenir ce discours outrageux.
Je t'ai considéré plus que tu ne mérites ;
Mais malgré ma bonté, qui croît plus* tu rirrites,
Cette insolence enfin te rendrait odieux, iôgô
Et Je me vengerais aussi bien que nos Dieux.
Quoi? vous changez bientôt d'humeur et de langage !
Le zèle de vos dieux rentre en votre courage*!
Celui d'être chrétien s'échappe! et par hasard
Je vous viens d'obhger à me parler sans fard ! 1570
FÉLIX
Va, ne présume pas que, quoi que je te jure,
V, 1554. Voir la note du vers 1234.
V. 1556. Ces vers sont destinés par Corneille à préparer la conversion de Félix, et à en atténuer l'invraisemblance.
V. 1557. Le mot désespérer est peut-être un peu fort; mais Félix disait à son confident (v. 1013 et 1015) :
•J'aime ce malheureux que j'ai choisi pour gendre
Je déplore sa perte.
V, 1560. Félix s'est dit cela, en eftet; mais il rougit de confesser même .1 Albin ce vilain sentiment; cependant Pauline et Polyeucte l'ont lu dans son cœur.
V. 1564. Var. : Mais malgré rna bonté, qui croit quand tu l'irrites. (Éd. 16+3-i6.)
V. 1566. Félix est irrité que l'œil de Polyeucte ait pénétré jusqu'au fond de son cœur; mais ce qui prouve qu'il n'est pas foncièrement méchant, c'est que les larmes de Pauline vont l'émouvoir, qu'il va changer de ton, et passer de la menace à la prière.