ACTE V, SCENE III
PAULINE
Tigre, assassine-moi du moins sans m'outrager. i585
Mon amour, par pitié, cherche à vous soulager :
Il voit quelle douleur dans Tâme vous possède*,
Et sait qu'un autre amour en est le seul remède.
Puisqu'un si grand mérite * a pu vous enflammer,
Sa présence toujours a droit de vous charmer : 1590
Vous Taimiez, il vous aime, et sa gloire augmentée...
PAULINE
Que t'ai-je fait, cruel, pour être ainsi traitée,
Et pour me reprocher, au mépris de ma foi.
Un amour si puissant que j'ai vaincu pour toi?
Vois, pour te faire vaincre un si fort adversaire, 1595
Quels efforts* à moi-même il a fallu me faire ;
Quels comhats j'ai donnés* pour te donner un cœur
Si justement acquis à son premier vainqueur;
Et si l'ingratitude en ton cœur ne domine.
Fais quelque effort sur toi pour te rendre à PauUne : leou
Apprends d'elle à forcer* ton propre sentiment;
Prends sa vertu pour guide en ton aveuglement;
Souffre que de toi-même elle ohtienne ta vie,
Pour vivre sous tes lois à jamais asservie.
Si tu peux rejeter de si justes désirs,-^ leoo
Regarde au moins ses pleurs, écoute ses soupirs ;
Ne désespère pas une âme qui t'adore.
V. 1586. \ ar. : Ma pitié, tant s'en faut, cherche à vous soulager : Notre amour vous emporte à des douleurs si vraies Que rien qu'un autre amour ne peut guérir ces plaies. (Éd. 1643-:j6.)
V. loOÛ. Il rappelle à.Pauline ce qu'elle-même lui a dit (v. 615-616) :
Depuis qu'un vrai méxite a pu nous enflammer, Sa présence toujours a droit de nous charmer.
V, 1591. Polyeucte n'a pas entendu la réponse de Pauline à Sévère. V. 1597. « Donnés pour te donner, répétition vicieuse. » (Voltaire.) V. 1602, Voir les vers 9J3, 934, 1286 et 1314.