SCÈNE III
Et qu'elle changera, par ce redoublement, 1620
En injuste rigueur un juste châtiment ;
Nos destins, par vos mains rendus inséparables,
Nous doivent rendre heureux ensemble, ou misérables ;
Et vous seriez cruel jusques au dernier point,
Si vous désunissiez ce que vous avez joint. i63o
Un cœur à l'autre uni jamais ne se retire.
Et pour l'en séparer il faut qu'on le déchire.
Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs,
Et d'un œil paternel vous regardez mes pleurs.
Oui, ma fille, il est vrai qu'un père est toujours père ; 1635
Rien n'en peut effacer le sacré caractère :
Je porte un cœur sensible, et vous l'avez percé ;
.Je me joins avec vous contre cet insensé.
Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensible? Et veux-tu rendre seul ton crime irrémissible ? i64o
Peux-tu voir tant de pleurs d'un œil si détaché? Peux-tu voir tant d'amour sans en être touché? Ne reconnais-tu plus ni beau-père, ni femme. Sans amitié pour l'un, et pour l'autre sans flamme? Pour reprendre les noms et de gendre et d'époux, igiô
Veux-tu nous voir tous deux embrasser tes genoux?
Que tout cet artifice est de mauvaise grâce !
V. 1625. « Le sens est beau; mais on n'a jamais appelé redouhlement la mort d'un mari et d'une femme. » (Voltaire.)