A LA REINE RÉ&EME
Madamk,
Quelque connaissance que j'aie de ma faiblesse, quelque profond- respect qu'imprime vutre majesté dans les âmes de ceux qui l'approchent, javoue que je me jette à ses pieds sans timidité et sans défiance, et que je me tiens assuré de lui plaire ,,parce que je suis assuré de lui parler de ce qu'elle ainie le mieiix>.Ce n'est qu'une pièce de théâtre que je lui présente, mais qui ^ l'entretiendra de Dieu * : la dignité de la matière est si haute, que l'impuissance de l'artisan ne la peut ravaler; et votre âme royale se plaît trop à cette sorte d'entretien pour s'offenser des défauts d'un ouvrage où elle rencontrera les délices de soti cœur. C'est par là, MADAME, que j'espère obtenir de votre majesté le pardon du long^ temps que j'ai attendu à lui rendre cette sorte d'hommages. Toutes les fois que j'ai mis sur notre scène des vertus morales ou politiques, j'en ai toujours cru les tableaux trop peu dignes de paraître devant Elle, quand j'ai considéré qu'avec quelque soin que je les pusse choisir dans l'histoire, et quelques ornements dont l'artifice les put enrichir, elle en voyait de plus grands exemples dans ellemême. Pour rendre les choses proportionnées, il fallait aller à la plus haute espèce, et n'entreprendre pas de rien offrir de cette nature à une reine très - chrétienne % et qui l'est beaucoup plus
J. Depuis quelques mois, Anne d'Autriche, alors âgée de quarante et un .ans, était régente pendant la minorité de son jeune tils Louis XIV.