‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 34 sur 175 · NOTICE SUR LA DEDICACE A LA REINE REGENTE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA DEDICACE A LA REINE REGENTE

grandes et importantes considérations. » C'est donc cette fois la reconnaissance, au moins autant que l'intérêt, qui dicte à Corneille sa dédicace; les louanges qu'il prodigue à la reine ne sont ni aussi fausses, ni aussi forcées que celles dont il avait accablé Montoron. A ceux pourtant qui pourraient être aujourd'hui tentés de les trouver encore excessives, nous soumettons la dédicace à Marie de Médicis de la Paraphrase sur les sept Psaumes de la Pénitence de David par Boisrobert(l" janvier 1627 . Cette dédicace a été jugée assez belle par Faret pour qu'il lui ait donné place dans son Becueil de Lettres nouvelles, dédié à Richelieu fi 627 et 1639). L'abbé de Boisrobert et Corneille attribuent aux deux reines les mêmes vertus et les mêmes mérites, et les idées sont à peu près les mêmes dans les deux Èpîtres; on verra que Corneille a cependant ménagé un peu plus la modestie d'Anne d'Autriche que Boisrobert celle de Marie de Médicis; que sont en effet les flatteuses hyperboles de l'auteur de Polyeucte auprès des « honneurs célestes » que Boisrobert réclame pour « la Reine mère du Roi » ?

« Depuis neuf ans que j'ai l'honneur de suivre continuellement Votre Majesté, n'ayant pas perdu la moindre de ses actions, je puis dire sans flatterie que je suis témoin de la plus glorieuse et de la plus innocente vie de notre siècle. Et dans la juste passion que j'ai de faire en l'honneur de Votre Majesté quelque ouvrage qui soit digne de sa gloire, à ne décrire qu'une petite partie de ce que j'ai vu, je connais que j'ai beaucoup plus de matière que de force. Mais considérant que par votre vertu vous vous êtes rendue digne de la louange qu'on donne aux choses sacrées, et que vous méritez des honneurs purement célestes, j'estime qu'il esta propos que je commence par un ouvrage divin àm'acquitter de ce que je dois à Votre Majesté, et que, vous dédiant cette Paraphrase sur les sept Psaumes de la pénitence de Dacid, je fasse voir à toute la France que je suis encore plus touché de l'exemple de votre piété envers Dieu que de r.'lui de votre bonté envers les hommes, et qu'il est impossible de s'approcher de Votre Majesté sans être excité par ses bonnes mœurs à faire de bonnes œuvres. Une autre fois. Madame, si j'apprends que ce petit travail n'ait point été désagréable à Votre Majesté, je changerai l'humilité de mon style en des pensées héroïques pour parler dignement de vous, et pour annoncer les merveilles d'une Reine incomparable, qui voit aujourd'hui régner sa race par l'Univers, et qui n'a qu'à maintenir la paix entre ses enfants pour donner un repos général à toute la terre. Alors je ferai visiblement contiaitre, et n'aurai pas beaucoup de peine à le persuader, que tout le bonheur de la chrétienté dépend de votre sage conduite, et que notre Roi n'a jamais été si puissant ni si favorisé du Ciel que depuis qu'il a chéri vos conseils. »

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