‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 51 sur 175 · ACTE PREMIER SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER SCÈNE I

NÉ ARQUE.

i Quoi? vous vous arrêtez * aux songes d une femme . De si faibles sujets troublent cette grande âme ! Et ce^cœur tant de fois dans la guerre éprouvé I S'alarme d"un péril qu'une femme a rêvé* !

Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance* s

Qu'un homme doit donner à son extravagance, Qui djiSLamas confus des^ vapeurs de la nuit j;^Drine^e3iains objets que le réveil détruit;

V. 1. Tous les mots marqués d'uQ astérisque (*) doivent être cherchés au

^^\^%' Ce vers n'est d'aucune utilité pour la suite de la tragédie; mais Corneille tient à rappeler que Polyeucte était un officier, comme en témoigne le récit de Métaphraste. , , .

Y 4 Ce^ mots deux fois répétés : k une temme n, le ton méprisant avec leauel Xearaue les prononce, peignent bien l'ardeur de son zèle farouche, et nosentîe personnage : mais il faut convenir que cette exposition ne réunit pas t^outes les^qualités^ue Boileau, au chant ni de son ^^^PO^^^^J^-'^-^l à une exposition : Néarque ne sera nomme qu au vers 21 Poljeucte qu au ver<= 80- enfin le lieu de la scène n'est pas marque des les premiers vers. Combien il v aura plus d'art dans l'exposition de Britamucus, ou, en quatre vers. Racine aura l'habileté de nous apprendre quels sont les personnages présents sur le théâtre, quel est le heu de la scène, quelle heure il est, e S'exciter déjà notre curiosité en nous faisant comprendre qu Agrippine est en proie à un grand trouble :

Quoi : Tandis (|Uo Néron s'abandonne au soinineil, Faut-il que vous veniez aUnidre son rrveil z' Qu'errant dam /e palais, sans suite et sans escorte, La 7nr)'c de César vcillf seule n m porte/

V. S. Voltaire s'est souvenu de ces vers dans sa tragédie de Sémiramis[\,y) ;

'^'^ I^OLVEICTE.

Mais vous ne savez jjas ce que c'est qu'une femme :

Vous i^inorez quels droits elle a sur toute l'âme, i

Quand, après un long temps qu'elle a su nous charmer.

Les flambeaux de rh5-meji Yiennent de s'allumer.

Pauline, sans raison dans la douleur plongée,

Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée ;

Elle oppose ses pleurs au dessein* que je fais,

Et tâche* à m'empécher de sortir du palais.

Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes ;

Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes ; ^^ '

Et mon cœur, attendri sans être intimidé.

N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé*. 20

L'occasion, Néarque, est-elle si pressante

Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?

Par un peu de remise* épargnons son ennui*.

Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.

la reine a cm voir dans son sommeil se dresser devant elle le spectre menaçant de son époux; Otane la rassure :

Souvent de ces erreurs notre âme est obsédée :

De son ouvrage rnèine elle est intimidée.

Croit voir ce quelle craint, et, dans l'horreur des nuits,

Voit enfin les objets quelle-rnëme a produits.

V. 9. « Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme », est du stvle bourgeois de la comédie. (Volt.vire.. Disons une fois pour toutes qu'au temps de Corneille la distinction rigoureuse qui devait s'établir plus tard entre le style de la tragédie et celui de la comédie n'était pas encore faite.— Corneille avait pu entendre en 1637 la Panthée de Tristan, se plai^^nant de 1 absence de son époux, dire à sa confidente Charis Panthée, II, 11) :

0 Dieux : si tu savais ce que c'i'st que daimer. Quand d'un feu légitime on se sent enflanmier, atc. V. 10. \ ar. : xi le juste pouvoir qu'elle prend snr une âme. lÉd. t64.3-16o6.)

Dans le vers que Corneille a substitué à celui qu'il avait d'abord écrit, le' mot toute est si peu une cheville, en dépit de Voltaire, que c'est au contraire pour y introduire ce mot que Corneille a refait son vers.

\ . 12. Hymen, fils de Bacclms et de Vénus, était le dieu du mariage : il tenait un flambeau.

V. 14. « On ne peut dire que dans le burlesque, .songer une mort. » (Vol- T.viRE.) — Voir la note du vers 9.

\ . 19. Ces trois vers ne font qu'exprimer la même idée sous une triple antithèse; ce procédé de développement est familier à Corneille: aussi n'estil pas surprenant de le retrouver dans la Théhaïde de Racine, où le jeune poète n ose pas s'écarter du glorieux modèle qu'il a choisi. Etéocle et Polynice. les deux trères rivaux, en viennent aux mains (V, m) :

Jamais leurs cœurs ne s'accordèrent mieux.

La soif de se baigner dans le sang de leur frère Faisait ce que jamais le sang n'avait su faire; Par l'excès de leur haine ils semblaient réunis, Et, prêts à s'égorger, ils paraissaient amis.

V. — . V ar. : Pourn- rien défér.T a\ix soupirs dune amanto ? Éd. 16V3-5G.

V. l't. u Cela est à peine iiuelligible. Ce style est trop à la fois négligé et

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