‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 52 sur 175 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

NÉ ARQUE.

Avez-vous cependant une pleine assurance 2.-

J lavoir assez de vie ou de persévérance?

Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa mam.

Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain ?

Il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce

Ne descend pas toujours avec même efficace * ; ^o

Après certains moments que perdent nos longueurs*,

Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs ;

Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré*:

Le bras qui la versait en devient plus avare,

Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien 3r>

Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressait de courir au baptême.

Languissante déjà, cesse d'être la même.

Et pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,

Sa flamme se dissipe, et va s'évanouir. ^^

POLYEL CTE.

Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle. Et le désir s'accroît quand leffet se recule.

forcé Ce qui est assez singulier, c'est que Corneille, dans la première

édition de Pohjeucte, avait mis :

Remettons ce dessein qui l'accable dennui :

Nous le pourrons demain aussi bien quaujourd hui :

et dans toutes les autres éditions qu'il fit faire, il corrigea ces deux vers de \l manière dont nous les imprimons dans le texte. Apparemment on avait critiqué rpmettre un dessein, parce qu'on remet a un autre |our .accomplissement l'exécution, et non pas le dessein. On avait mi b amer aussi, nous t^ourrons demain, parce que ce./e se rapporte à ^e^'^'^^^^^^^J^^^''^^ un dessein n'est pas français: mais en gênerai il vaut mieux pécher un peu contre l^xactftude de la syntaxe que de fan-e des vers obscurs e mal tournés. La première manière était, à la vente, un peu fautive; mais elle vaut beaucoup mieux que la seconde. » (\ oltaire.)

V. 27. Var. : r.e Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main. Ed. 1643-36.) V. 28. Var. : Vous a-t-il assuré du povivoir de demain? Éd. 16V3.:

Yar. : Vous a-t-il assuré de le pouvoir demain? Éd. IfiiS-loiG.

Y. 29. Corneille rappellera encore ces deux attributs de Dieu au vers 12G4, et dans Théodore (III, ii :

Dieu tout juste et tout bon. qui lit dans nos pensées. N'iiiipute point de crime aux. actions forcées :

de même Alfred de Musset (l'Espoir en Dieu) :

Il est juste, il est bon.

V. 33. Yar. : Le bras qui la versait s'arrête et se courrouce; Notre cœur s'endurcit, et sa pointe s'émousse. Et cette sainte ardeur qui nous emporte au bien Tombe sur un rocher et n'opère plus rien. lEd. lG'..{-.f..

!J0 FOLYEUCTE.

Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux, Me laissent dans le cœur aussi chrétien que vous ; Mais pour en recevoir le sacré caractère, 45

Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire, Et qui, purgeant * notre âme et dessillant * nos yeux, -Nous rend le premier droit que nous avions aux cieux, Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire. Comme le bien suprême et le seul où* j'aspire, r/»

Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour, Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour.

.NÉARQL E.

Ainsi du genre humain Tennemi vous abuse :

Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse.

Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, 5:.

Quand il ne les peut rompre*, il pousse à reculer ;

D'obstacle sur obstacle il va troubler le votre,

Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque autre ;

Y. 45. En se rapporte au baptême, dont Tidée remplit toute la scène. — On mettait au xviie siècle l'adjectif ^ae/é devant le nom qu'il qualifiait :

Sacrés monts, fertiles vallées! Racine. E^thcr, I, ii.

V. 46, Rotrou s'est souvenu de ces vers dans son Sahit Genest (IV, v) ; à Adrien, qui lui demande le baptême, Anthyme répond :

Sans besoin. Adrien, de cette eau salutaire, Ton sang finiprimera ce sacré caractère.

V. 47. Grenest se rappellera aussi ces vers dans la tragédie de Rotrou

1\ , VII ; Purgé de mes forfaits par leau du saint baptême.

\ ar. : Et dun rayon divin nous dessillant les yeux. (Éd. 16+3-56.) > . 'i9. \ ar. : guoique je le préfère aux grandeurs d'un empire. Œd. i6V3-56.)

V. 33. Dans une étude, lue à l'Académie des Inscriptions le 17 juin 1887, M. Edmond Le Blant a établi par un çrand nombre de textes que les premiers chrétiens croyaient à l'intervention incessante du Tentateur dans leur vie ; il prenait pour les abuser toutes les formes, mais surtout celle du rêve. Cette réponse de Néarque est donc d'une grande vérité historique. — t Remarquez que cette périphrase, Vennemi du qenre humain, est noble, et que le nom propre eût été ridicule. Le vulgaire se représente le diable avec des cornes et une longue queue. JJenyiemi du genre humain donne l'idée d'un être terrible qui combat contre Dieu même. Toutes les fois ■qu'un mot représente une image, ou basse, ou dégoûtante, ou comique, ennoblissez-la par des images accessoires; mais aussi ne vous piquez pas de vouloir ajouter une grandeur vaine à ce qui est imposant par soi-même. Si vous voulez exprimer que le roi vient, dites, le roi vient; et n'imitez pas le poëte qui, trouvant ces mots trop communs, dit :

Ce grand roi roule ici ses pas impérieus. ^Voi.taip.e.

y. 57. Votre bon dessein.

V. 58. « Après par des pleurs, il fallait spécifier un autre obstacle. Chaçi

jue . leur, sens est clair à la vérité, mais la phrase ne l'est pas*. » /"Voltaire.*)

jour par quelque autre : il semble que ce soit par quelque autre pleur. Le

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