SCÈNE II
POLYEICT?:, NÉARQUE, PAULINE, STRATOMCE.
POLYEICÏE.
Fuyons, puisqu'il le faut. Adieu, Pauline; adieu: Dans une heure au plus tard je reviens en ce lieu.
PAL lim:.
Quel sujet si pressant à sortir vous convie? Y va-t-il de Thonneur? y va-t-il de la vie? iio
I II y va de bien plus.
l'AlLINE.
Quel est donc ce secret?
Vous le saurez un jour : je vous quitte à regret; Mais enfin il le faut.
V. 1U8. Polyeucte répète les paroles mêmes de Néarque : Dans une heure au plus tard. Corneille veut bien nous marquer que les événements, qui remplissent ses deux premiers actes, n"ont pas exigé, pour se produire, un temps plus long que celui de la représentation.
V. 109. <c Après avoir profondément étudié le caractère de ce rôle {de Pauli ne), con\a.incue que le spectateur, aidé par son premier coup d'œil, suit et se prête avec plus de facilité au développement que chaque mot amène, je me promis de réunir, autant qu'il me serait possible, sur l'ensemble de ma personne, la noblesse, la douceur, la franchise et la fermeté du personnage. Je fis tout ce que je pus pour donner à mes intiexions et à mes mouvements la touchante simplicité qui caractérise une âme pure et sensible. » ' MUe Clairon, Mémoires, 3e partie, Réflexions sur la déclamation théâtrale.] M^e Duuiesnil, qui ne perd pas une occasion d'attaquer Mii*^ Clairon, ajoute cependant : '< Il n'est pas possible de préparer avec plus de vérité, de finesse et d'intelligence, ce rôle si extraordinaire. »
V. 113. '< Voilà trois fois de suite z/ le faut. Cette inadvertance n'ôterien ;V l'intérêt qui commence à naître dès la première scène, et, quoique le style soit souvent négligé, il est toujours au-dessus de son siècle. >■> (\'oltairk.
94 POLYEUGTE.
PAULINE
Vous m'aimez?
POLYEl CTE.
Je vous aime, Le ciel m'en soit témoin, cent fois plus que moi-même; Mais...
PAULINE
Mais mon déplaisir* ne vous peut émouvoir! 115
Vous avez des secrets que je ne puis savoir! Quelle preuve d'amour! Au nom de l'hyinénée, Donnez à mes soupirs cette seule journée.
PULYEUCTE.
Un songe vous fait peur !
PAULINE
Ses présages sont vains, Je le sais ; mais enfinje^ixaiâ-aime, £t je crains. 120
Ne craignez rien de mal pour une heure d'absence. Adieu : vos pleurs sur moi prennent trop de puissance ; Je sens déjà mon cœur prêt à se révolter, Et ce n'est qu'en fuyant que j'y puis résister.