‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 90 sur 175 · RODRIGUE · texte numérisé non relu

RODRIGUE

As-tu peur de mourir?

V. 673. Néarque craint de céder à la douleur, et de renier Dieu dans les supplices au-devant desquels il serait allé : « Tel qui bravait la mort ne pouvait supporter la douleur et cédait sous ses étreintes. » (M. Havet, le Christianisme et ses origines, t. IV, ch. viii.' Ceux qui reniaient ainsi leur foi étaient appelés les Tombés: ils furent nombreux à Carthage, sous l'épiscopat de Cyprien. Les vers suivants prouvent bien que tel est ici le sens du mot succomber; nous retrouvons d'ailleurs ce mot avec le même sens dans cette phrase du Discours sur l'Histoire universelle de Bossuet (I, xi) : « Constance se livre aux ariens. Les évéques orthodoxes sont chassés de leurs sièges; toute l'Église est remplie de confusion et de trouble; la constance du pape Libère cède aux ennuis de l'pxil ; les tourments font succomber le vieil Osius, autrefois le soutien de rÉo;lise (357). »

V. 679. Ces deux vers, qui ont été quelquefois mal compris, signifient, selon nous : « Celui qui craint de nier Dieu sous l'iiorreur des tourments, le nie déjà dans le fond de son âme, car c'est douter de sa foi que craindre de pouvoir nier Dieu dans les supplices. »

Il s'est offert pourtant : suivons ce saint effort;

Dressons-lui des autels sur des monceaux d'idoles. ♦âs:

II faut (je me sou^iens encor de vos paroles)

Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang,

Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.

Hélas! qu'avez-vous fait de cette amour* parfaite

Que vous me souhaitiez, et que je vous souhaite? «lOii

S'il vous en reste encor, n'êtes- vous point jaloux

Qu'à grandpeine chrétien, j'en montre plus que vous?

>ÉAROUE.

Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime.

C'est sa grâce qu'en vous n'affaiblit aucun crime ;

Comme encor tout entière, elle agit j)leinement, nyr

Et tout semble possible à son feu véhément ;

Mais cette même grâce, en moi diminuée,

Et par mille péchés sans cesse exténuée *,

Agit aux grands effets avec tant de langueur,

Que tout semble impossible à son peu de ligueur. 7nn

Cette indigne mollesse et ces lâches défenses *

Sont des punitions qu'attirent mes offenses ;

Mais Dieu, dont on ne doit jamais se défier,

Me donne votre exemple à * me fortifier.

Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux des hommes 705 Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes ; Puissé-je vous donner l'exemple de souffrir. Comme vous me donnez celui de vous offrir!

V. 690. Néarque disait en effet à Polyeucte dans l'exposition (v. 77 et 78; :

Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Qui vous est nécessaire, et que je vous souhaite !

V. 692. H Dans l'origine de la langue, tout adjectif dérivé d'un adjectif latin en is, grandis^ xqualis, rer/alis, viridis, ne changeait pas au féminin. Il nous reste encore de cet usage grand mère, grand messe, grand route, dans le langage du Palais, lettres royaux. C'est donc une véritable faute de mettre une apostrophe après grand comme si Ve s'élidait. » (Génin, Lexique de Molière.) — Le coupable est Vaugelas, qui, croyant à une élision, a fait adopter cette orthographe fautive.

V. 699. Aux grands effets; pour les grands effets, quand il est nécessaire de prouver sa foi par des effets éclatants,

Y. 706. Néarque reprend les paroles de Polyeucte, comme tout à l'heure Polyeucte avait repris celles de Néarque.

V. 708. Ce vœu de Néarque sera réalisé. Il saura braver les tourments (r. 994), et Polyeucte trouvera dans le martyre cje son ami ua encouragement et un exemple (r. 999).

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