ACTE III
SCEXE I
PAULINE
Que de soucis flottants, que de confus nuages
Présentent à mes yeux d'inconstantes images !
Douce tranquillité, que je n'ose espérer,
Que ton divin rayon tarde à les éclairer 1
Mille agitations, que mes troubles produisent, "25
V. 721. Pauline est assise; elle se lèvera au vers 749. — «tCe monologue, qui n'est qu'une répétition de ses terreurs, et même des terreurs qu'elle ne peut avoir qu'en vertu de son rêve, languit un peu à la représentation. » (Voltaire.)— Un monologue peut-il être naturel"? Oui, mais pourvu que le jeu de l'acteur le rende naturel : '< Je ne puis comprendre, écrivait daos un de ses feuilletons du Puhliciste M^i^ Pauline de Meulan, pourquoi M'^^' Duchesnois, dans un monologue, continue de parler au public au lieu de se replier sur elle-même. Lorsque Talma est seul, il parle seul, il croise les brus, baisse les yeux, reste souvent immobile et ne s'adresse à personne. C'est l'unique moyen de rendre un monologue naturel. Car, au fait, un monologue n'a rien d'invraisemblable. 11 ne s'agït que d'accorder une fois pour toutes au poète le droit d'exprimer ce qui se passe dans le cœur des personnages quand ils sont seuls et de les faire penser tout haut. Mais il ne faut pas que l'acteur aille au delà de cette convention et prenne le public pour confident de ses discours solitaires. » (M. et M^e Guizot. le Temps passé, mélanges de critique littéraire et de morale, 1887, t. I.) — Les monologues étaient très à la mode au temps des premières oeuvres de Corneille : « Les comédiens les souhaitaient, dit-il lui-même dans son Examen de Clitandre ■1660), et croyaient y paraître avec plus d'avantage. La mode a si bien changé que la plupart de mes derniers ouvrages n'en ont aucun, et vous n'en trouverez point dans Pompée, la Suite du Menteur, Théodore et Pertharite, ni dans Héraclius, Andromède , Œdipe et la Toison d'or, à la réserve des stances. »
V. 724. Le début de ce monologue manque presque autant de simplicité que le début fameux du monologue par lequel Emilie ouvre la tragédie de Cirina.
V. 725. A' ar. : MIUp p^nsers divers, fine mes troubles proiluisent, Dans rnon cœvir iin^ertain à l'envi se détruisent : Nul espoir ne ine ilatte où j'ose persister : Nulle peur ne m'effraye où j'ose m'arrèter. (Ed. l643-oC.)
i:jt POLYEUCTE.
Dans mon cœur ébranlé tour à tour se détruisent : Aucun espoir n'y coule* où* j'ose persister; Aucun effroi n'y règne où* j'ose m'arrêter. Mon esprit, embrassant tout ce qu'il s'imagine, Voit tantôt mon bonheur, et tantôt ma ruine, t3o
Et suit leur vaine idée* aAec si jjeu d'effet, ^u'il ne peut espérer ni craindre tout à fait. Sévère incessamment brouille ma fantaisie * : J'espère en sa vertu; je crains sa jalousie ; Et je n'ose penser que d'un œil bien égal* t-ô
Polyeucte en ces lieux i)uisse voir son rival. Gomme entre deux rivaux la haine est naturelle. L'entrevue aisément se termine en querelle : L'un voit aux mains d'autrui ce quil croit mériter, L'autre un désespéré qui peut trop attenter. 741
Quelque haute raison qui règle leur courage*, L'un conçoit de l'euAie, et l'autre de l'ombrage ; La honte d'un affront, que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir, Consumant dès l'abord toute leur patience, 745
Forme de la colère et de la défiance.
Et saisissant ensemble et l'époux et Famant, En dépit d'eux les Uvre à leur ressentiment. Mais que je me figure une étrange cliimère, Et que je traite mal Polyeucte et Sévère ! t.-.o
Comme si la'vertu de ces fameux rivaux Ne pouvait s'affranchir de ces communs défauts ! Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses. Ils se verront au temple en liommes généreux ; 7-,.-.
A . 731. Var. : L'un et lautre le frappe avec si peu d'effet. (Éd. 164.3-oe.) V. 740. Var. : L'autre un d<?sespéré qui le Ua veut ôter. (Éd. 1643-36.)
V. 748. '< Cette dissertation parait bien froide. Le grand défaut de Ccry-'. neille est de faire des raisonnements quand il faut du sentiment. Le public" ne s'aperçut pas d'abord de ce défaut qui était caché par tant de beautés; mais il augmenta avec l'âge, et jeta dans toutes ses dernières pièces une langueur insupportable. Ici cette faute est un peu couverte par l'intérêt qu'on prend au rôle si neuf et si singulier de Pauline.» (Voltaire.)
V. 7.55. Nous en sommes certains et ne pouvons partager les inquiétudes de Pauline à ce sujet. Comme nous savons d'ailleurs dans quels sentiments et pour quel motif Polyeucte s'est rendu au temple, toutes ces prévisions de Pauline, que nous savons devoir être démenties par l'événert ent, ne nous intéressent en aucune façon. Elle se demande ce que Polyeucte