SCÈNE I. — SÉVÈRE, FABIAN
SÉVÈRE
Cependant que Félix donné ordre au sacrifice. Pourrai -je prendre un temps à mes vœux si propice? Pourrai -je voir Pauline, et rendre à ses beaux'yeux * L'hommage souverain que Ton va rendre aux dieux? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène, Le reste est un prétexte à soulager ma peine; Je viens sacrifier, mais c'est à ses beautés Que je viens immoler toutes mes volontés^
FABIAN
Vous la verrez, aeigneur.
16 POLYEUCTB.
SÉVÈRE
Ah! qnel comble dejoiel Cette chère beauté consent que je la voie !
Mais ai*je sur son âme encor quelque pouvoir? Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir? Quel trouble, quel transport lui cause ma venue? Puis-je tout espérer de cette heureuse vue?
Car je voudrois mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai pour Tépouser; Elles sont pour Félix, non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle; Et si mon mauvais sort avoit changé le sien.
Je me vaincrois moi-même, et ne prétendrois rien,
FABIAN
Vous la verrez, c'est tout ce que je vous puis dire.
SÉVÈRE
D'où vient que tu frémis, et que ton cœur soupire ? Ne m'aime-t-èlle plus? éclaircis-moi ce point.
FABIAN
M'en croirez-vous, seigneur? ne la revoyez point; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses : Vous trouverez à Rome assez d'autres maîtresses ; Et, dans ce haut degré de puissance et d'honneur, Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur*
SÉVÈRE
Q^u'à des^Bsers si bas mon ftme se ravale!
Que je tienne Pauline à mon sort inégale!
Elle en a mieux usé, je la dois imiter ; Je n'aime mon bonheur que pour la mériter.
Yoyons-la, Fabian, ton discours m'importune; Allons mettre à ses pieds cette haute fortune : Je l'ai dans les combats trouvée heureusement^ En cherchant une mort digne de son amant; Ainsi ce rang est sien, cette faveur est sienne. Et je n'ai rien enfin que d'elle je ne tienne.
FABIAN
Non, mais encore un coup ne la revoyez pomt. .