‹ Polyeucte (volume 3)Chapitre 12 sur 77 · ACTE U, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE I

Ah ! c'en est trop, enfin éclaircis-moi ce point; As-tu va des froideurs quand tu Ten as priée?

FABIAN

Je tremble à vous le dire; elle est....

SÉVÈRE

FABIAN

Quoi?

Mariée.

Soutiens-moi, Fabian; ce coup de foudre est grand. Et frappe d'autant plus, que plus il me surprend.

FABUN.

Seigneur, qu'est devenu ce généreux courage?

SÉVÈRE

La constance est ici d'un difficile usage ; De pareils déplaisirs accablent un grand cœur; La vertu la plus mâle en perd toute vigueur; Et, quand d'un feu si beau les âmes sont éprises, La mort les trouble moins que de telles surprises Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours. Pauline est mariée I

FABIAN

Oui, depuis quinze jours; Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Ooûte de son hymen la douceur infinie.

SÉVÈRE

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix; Polyeucte a du nom, et sort du sang des rois : Foi blés soulagemens d'un malheur sans remède! Pauline, je verrai qu'un autre vous possède!

ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour, sort, qui redonniez l'espoir à mon amour, Heprenez la faveur que vous m'avez prêtée.

Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtéel

Yoyons-la toutefois, et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu; Que mon cœur, chez les morts emportant son image,

18 • POLYÉUCTB^ .

De son dernier soupir puisse lui faire hommc^qo.

FABIAN

Seigneur, considérez.. ..

SÉVÈRE

Tout est considéré.

Quel désordre peut craindre un cœur désespéré? N'y consent-elle pcisî

FABIÀN.

Oui, seigneur, mais....

SÉVÈRE

N'importe.

FABIAN

Cette vive douleur en deviendra plus forte.

SÉVÈRE

Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; Je ne veux que la voir, soupirer, et mourir.

FABIAN

Vous vous échapperez sans doute en sa présence; Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance : Dans un tel entretien il suit sa passion.

Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation.

SÉVÈRE

Juge autrement de moi : mon respect dure encore ; Tout violent qu'il est, mon désespoir l'adore. Quels reproches aussi peuvent m'être permis?

13e quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis? Elle n'est point parjure, elle n'est point légère; Son devoir m'a trahi, mon malheur, et son père. Mais son devoir fut juste, et son père eut raison; J'impute à mon malheur toute la trahison ; Un peu moins de fortune, et plus tôt arrivée. Eût gagné l'un par l'autre*, et me l'eût conservée; Trop heureux, mais trop tard, je n'ai pu l'acquérir : Laisse-la-moi donc voir, soupirer, et mourir.

FABIAN

Oui, je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême

1. Vun par Vautre ne se rapporte à rien : oa devine seulement gu*il eût gagné Félix oar Pauline. {Voltaire.)

AGTK n, SOSNB I. W

Vous êtes assez fort pour voug vaincre yons-ménke. * ^ Elle a craint comme moi ces premiers mouvemeos- Qu'une perte imprévue arrache aux vrais amans» Et dont la violence excite assez de trouble, Sans que l'objet présent l'irrite et le redouble.^ - r

SÉVÈRE

Fabian^jela vois. i^^

FABUK.

Seigneur, souvenez-vous....

SÉVÈRE

Hélas 1 elle aime on autre, un autre est son épouxj/

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