‹ Polyeucte (volume 3)Chapitre 39 sur 77 · SCÈNE n. — FÉLIX, POLTEUCTE, ALBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE n. — FÉLIX, POLTEUCTE, ALBIN

Feux.

Aa-tn donc pour la vie une haine si forte, Malheureux Polyeucte ? et la loi des chrétiens T'ordonne-l-elle ainsi d'abandonner les tiens t

Je ne hais point la vie, et j'en aime l'usage, Mais sans attachement qui sente l'esclavage, Toujours prêt k la rendre au Dieu dont je la tiens; La raiBàn me l'ordonne, et la loi des chrétiens; Et je vous montre k tous par là comme il faut vivre» Si vous avez le cœur assez bon pour me suivre.

FÉLIX

Te suivre dans l'abtme où tu te veux jeter f

POLTEUCTB*

Mais plutôt dans la gloire où je m'en vais monter..

FÉLIX

Donne- moi pour le moins le temps de la connoitre; Pour me faire chrétien, sers-moi de guide k l'être; Et ne dédaigne pas de m'instruire en ta foi, Ou toi-même k ton Dieu tu répondras de moi.

POLTEUCTE.

M'en riez point, Félix, il sera votre iuge;

ACPB V, SCÈNE II. 57

VoQS ne trouverez point devant lui de refuge; Les rois et les bergers y sont d*an même rang : De tons les siens sar vous il vengera le sang.

Je n'en répandrai plns> et, quoi qu'il en arrive, Dans la foi des chrétiens je souffrirai qu'on vive ; J'en serai protecteur.

Non, non, persécutez.

Et soyez l'instrument de nos félicités :

Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffrances; Les plus cruels tourmens lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple auz bonnes actions, Pour comble donne encor les persécutions :

Mais ces secrets pour vous sont fâcheux à comprendre; Ge n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre.

FEUX

Je le parle sans fard, et veux être chrétien.

POLTEUCTB.

Qui peut donc retarder l'effet d*un si grand bien? La présence importune. . . .

Et de qui? de Sévère ?

FÉLIX

Pour lui seul contre toi j'ai feint tant de colère : Dissimule on moment* jusques à son départ.

Félix, c'est donc ainsi que vous parlez sans fard t Portez k vos pafens, portez à vos idoles, Le sucre empoisonné que sèment vos paroles.

Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien ; Aux yèox de tout le monde il est toujours chrétien.

Ge zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire,

Si tn cours k la mort plntèt que de m'instruiro.

Je vous on parlerois id hors de saison ;

58 POLYBUCTii;

Elle est un don du ciel, et non de la raison ; •

Et c'est 14 que bientôt, voyant Dien face à face. Plus aisément pooJt tous j'obtiendrai cette grâce..

FÉLIX

Ta perte cependant va me désespérer.

POLTBUCTE.

Vous ayez en vos mains de quoi la réparer;

En vous ôtant un gendre, on tous en donne un autre

Dont la condition répond mieux à la vôtre ;

Ma perte n'est pour tous qu'un change avantageux. ,

FÉLIX

Gesse de me tenir ce discours outrageux.

Je t'ai considéré plus que tu ne mérites ;

Mais, malgré ma bonté, qui croit plus tu l'irrites.

Cette insolence enfin te readroit odieux,

Et je me veugerois aussi bien que nos dieux.

Quoi 1 vous changez bientôt d'humeur et de langage 1 Le zèle de vos dieux rentre en votre courage I Celui d'être chrétien s'échappe ! et par hasard • Je vous viens d'obliger à me parler sans fard 1

FÉLIX

Ya, ne présume pas que, quoi que je te jure,

De tes notiveanx docteurs je suiye l'imposture.

Je flattois ta oianie, afin de t'arracher

Du honteux précipice où tu vas trébucher;

Je voulois gagner temps pour ménager ta vie

Après Téloignement d'un flatteur de Décie :

Mais j'ai trop &it d'injure à nos dieux tout-puissans;

Choisis de leur donner ton sang, ou de l'encens.

POLTEUCTE.

Mon choix n'est point douteux. Mais j'aperçois Pauline : ciel !

Page 1