‹ PolyeucteChapitre 32 sur 78 · ACTE III, 5CENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, 5CENE I

L'entrevue aisément se termine en querelle :

L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mériter,

L'autre un désespéré qui peut trop attenter.^

Quelque haute raison qui règle leur courage,

L'un conçoit de l'envie, et l'autre de l'ombrage ; 5

La honte d'un affront, que chacun d'eux croit voir

Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir.

Consumant dès l'abord toute leur patience,

Forme de la colère et de la défiance,

Et saisissant ensemble et l'époux et* l'amant, 10

En dépit d'eux les livre à leur ressentiment.

Mais que je me figure une étrange chimère,

Et que je traite mal Polyeucte et Sévère !

Comme si la vertu de ces fameux rivaux

Ne pouvait s'affranchir de ces communs défauts ! 15

Leurs âmes tous deux d'elles-mêmes maîtresses

Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses.

Ils se verront au temple en hommes généreux ;

Mais las ! ils se verront, et c'est beaucoup pour eux.

Que sert à mon époux d'être dans Mélitène, 20

Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine,

Si mon père y commande, et craint ce favori.

Et se repent déjà du choix de mon mari ?

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte ;

En naissant il avorte, et fait place à la crainte ; 25

Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper.

Dieux ! faites que ma peur puisse enfin se tromper 1

^ Var. L'autre un désespéré qui le lui veut ôter. (1643-1656.)

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