ACTE III, SCÈNE III
Je devais même peine à des crimes semblables ; *
Et mettant différence entre ces deux coupables,
J'ai trahi la justice à Tamour paternel ;
Je me suis fait pour lui moi-même criminel ;
Et j'attendais de vous, au milieu de vos craintes, 5
Plus de remercîments que je n'entends de plaintes.
PAULINE
De quoi remercier qui ne me donne rien ?
Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien :
Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure ;
Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure. 10
FÉLIX
Sa grâce est en sa main, c'est à lui d'y rêver.
PAULINE
Faites-la tout entière.
FÉLIX
Il la peut achever.
Ne l'abandonnez pas aux fureurs de sa secte.
FÉLIX
Je l'abandonne aux lois, qu'il faut que je respecte.
PAULINE
Est-ce ainsi que d'un gendre un beau-père est l'appui ? '5
FÉLIX
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.
^ Var. La même peine est due à des crimes semblables. (i643»i656.)
PAULINE
Mais il est aveuglé.
FÉLIX
Mais il se plaît à Têtre :
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.
PAULINE
Mon père, au nom des Dieux . . .
FÉLIX
Ne les réclamez pas, Ces Dieux dont Tintérêt demande son trépas.
PAULINE
5 Ils écoutent nos vœux.
Eh bien ! qu'il leur en fasse.
PAULINE
Au nom de l'Empereur dont vous tenez la place . . .
FÉLIX
J'ai son pouvoir en main ; mais s'il me l'a commis» C'est pour le déployer contre ses ennemis.
PAULINE
Polyeucte l'est-il ?
FÉLIX
Tous chrétiens sont rebelles.
PAULINE
10 N'écoutez point pour lui ces maximes cruelles : En épousant Pauline il s'est fait votre sang.