‹ PolyeucteChapitre 38 sur 78 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

FÉLIX

Je regarde sa faute, et ne vois plus son rang. Quand le crime d'État se mêle au sacrilège,^ Le sang ni Tamitié n'ont plus de privilège.

PAULINE

Quel excès de rigueur !

FÉLIX

Moindre que son forfait.

PAULINE

O de mon songe affreux trop ve' ri table effet ! Voyez-vous qu'avec lui vous perdez votre fille ? *

Les Dieux et l'Empereur sont plus que ma famille.

PAULINE

La perte de tous deux ne vous peut arrêter !

FÉLIX

J'ai les Dieux et Décie ensemble à redouter.

Mais nous n^avons encore à craindre rien de triste : ]

Dans son aveuglement pensez-vous qu'il persiste ?

S'il nous semblait tantôt courir à son malheur,

C'est d'un nouveau chrétien la première chaleur.

PAULINE

Si vous l'aimez encor, quittez cette espérance.

Que deux fois en un jour il change de croyance : j

Outre que les chrétiens ont plus de dureté,

* Var. Où le crime d'État se mêle au sacrilège. » Var. Voyez qu'avecque lui . . . (1643-1656.)

66 POLYEUCÏE.

Vous attendez de lui trop de légëreté.

Ce n'est point une erreur avec le lait sucée. Que sans l'examiner son âme ait embrassée : Polyeucte est chrétien, parce qu'il l'a voulu,

5 Et vous portait au temple un esprit résolu. Vous devez présumer de lui comme du reste : Le trépas n'est pour eux ni honteux ni funeste ; Ils cherchent de la gloire à mépriser nos Dieux ; Aveugles pour la terre, ils aspirent aux cieux ;

10 Et croyant que la mort leur en ouvre la porte, Tourmentés, déchirés, assassinés, n'importe. Les supplices leur sont ce qu'à nous les plaisirs, Et les mènent au but oli tendent leurs désirs : La mort la plus infâme, ils l'appellent martyre.

FÉLIX

"5 Eh bien donc ! Polyeucte aura ce qu'il désire : N'en parlons plus.

PAULINE

Mon père . . .

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