ACTE IV, SCÈNE 111. 8l
Que tout forcé qu'il est, j'y trouverais de charmes! Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes.
J'en verse, et plût à Dieu qu'à force d'en verser
Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !
Le déplorable état oli je vous abandonne
Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne ;
Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs,^
J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs ;
Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière,
Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prière,
S'il y daigne écouter un conjugal amour,
Sur votre aveuglement il répandra le jour.
Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne ; Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne : Avec trop de mérite il vous plut la former. Pour ne vous pas connaître et ne vous pas aimer, Pour vivre des enfers esclave infortunée, Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.
PAULINE
Que dis-tu, malheureux ? qu'oses-tu souhaiter ?
Ce que de tout mon sang je voudrais acheter.
PAULINE
Que plutôt . . .
^ Var. Et si Ton peut au ciel emporter des douleurs,
J*en emporte de voir l'excès de vos malheurs. (1643-1656.)
C'est en vain qu'on se met en défense : Ce Dieu touche les cœurs lorsque moins on y pense. Ce bienheureux moment n'est pas encor venu ; Il viendra, mais le temps ne m'en est pas connu.
5 Quittez cette chimère, et m'aimez.
Je vous aime, Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus q..e moimême.
PAULINE
Au nom de cet amour ne m'abandonnez pas.
Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.*
PAULINE
C'est peu de me quitter, tu veux donc me séduire ?
10 C'est peu d'aller au ciel, je vous y veux conduire.
PAULINE
Imaginations !
Célestes vérités !
' Var. Au nom de cet amour venez suivre mes pas. (i643«i6j6.)