SCÈNE PREMIERE
NÉARQUE
Quoi ? vous vous arrêtez aux songes d'une femme ! De si faibles sujets troublent cette grande âme ! Et ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S*alarme d'un péril qu'une femme a rêvé !
Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance Qu'un homme doit donner à son extravagance, Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit Forme de vains objets que le réveil détruit ; Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme : Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme,^ Quand après un long temps qu'elle a su nous charmer, Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer. Pauline, sans raison dans la douleur plongée,
^ Var. Ni le juste pouvoir qu'elle prend sur une âme. (1643-1656.)
l6 POLYEUCTE.
Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée ; Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais, Et tâche à m'empêcher de sortir du palais. Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes ; 5 Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes ; Et mon cœur, attendri sans être intimidé, N'ose déplaire aux yeux doiit il est possédé. L'occasion, Néarque, est-elle si pressante Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante ? lo Par un peu de remise épargnons son ennui,
Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.^
NÉARQUE
Avez-vous cependant une pleine assurance
D'avoir assez de vie ou de persévérance ?
Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main,
15 Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain ?"^
Il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs ;
20 Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré : ^
* Var. Pour ne rien déférer aux soupirs d'une amante.
Remettons ce dessein qui l'accable d'ennui ; ' Nous le pourrons demain aussi bien qu'aujourd'hui.
NéARQUB.
Oui, mais où prenez- vous l'infaillible assurance . . . (1643-1656.)
* Var. Vous a-t-il assuré du pouvoir de demam ? (1643 )
Vous a-t-il assuré de le pouvoir demain ? (1648-1656.)
« Var. Le bras qui la versait s'arrête et se courrouce ; Notre coeur s'endurcit et sa pointe s'émousse, Et cette sainte ardeur qui nous emporte au bien Tombe sur un rocher, et n^opère plus rien.