ACTE I, SCENE I. IÇ
Vous ne m'étonnez point : la pitié qui me blesse Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de faiblesse.* Sur mes pareils, Néarque, un bel œil est bien fort : Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort ; Et s'il faut affronter les plus cruels supplices, Y trouver des appas, en faire mes délices, Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien, M'en donnera la force en me faisant chrétien,
NÉARQUE
Hâtez-vous donc de l'être.
Oui, j'y cours, cher Néarque ; Je brûle d'en porter la glorieuse marque ; Mais Pauline s'afflige, et ne peut consentir, Tant ce songe la trouble ! à me laisser sortir.
NÉARQUE
Votre retour pour elle en aura plus de charmes ; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes ; Et l'heur de vous revoir lui semblera plus doux. Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.
* Var. Est grandeur de courage aussitôt que faiblesse. (1643 et 1648 inV-)
Digne des plus grands cœurs, n'eit rien moins que faibl:sse.
(1648 in-ia et 1652-1656.)
Apaisez donc sa crainte, Et calmez la douleur dont son âme est atteinte. Elle revient.
NÉARQUE
Fuyez.
Je ne puis.
NÉARQUE
Il le faut:
Fuyez un ennemi qui sait votre défaut, 5 Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue, Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue.
Fuyons, puisqu'il le faut. Adieu, Pauline ; adieu : Dans une heure au plus tard je reviens en ce lieu.
Quel sujet si pressant à sortir vous convie ? 10 Y va-t-il de l'honneur ? y va-t-il de la vie ?
Il y va de bien plus.