ACTE 111, SCÈNE III
PAULTxNE.
Vous pouvez espérer qu'il change de courage?
FÉLIX
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage. 890
Il le doit, mais, hélas ! où me renvoyez-vous? Et quels tristes hasards ne court point mon époux, Si de son inconsfance il faut qu'enfm j'espère Le bien que j'espérais de la bonté d'un père?
FÉLIX
Je vous en fais trop voir/ Pauline, à consentir 895
Qu'il évite la mort par un prompt repentir.
Je devais même peine à des crimes semblables,
Et, mettant différence entre ces deux coupables,
J'ai trahi la justice à l'amour paternel ;
Je me suis fait pour lui moi-même criminel ; 900
Et j'attendais de vous, au milieu de vos craintes.
Plus de remercîments que je n'entends de plaintes.
PAULINE
De quoi remercier qui ne me donne rien ?
Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chrétien.
Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure : 903
Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure.
889. Voyez les v. 170, 332, etc. Courage y a, comme ici, le sens de cœur, sentiments. Changer de courage, c'est donc changer les sentiments de son cœur.
Mais, quoi! le naturel des femmes ett volage,
Et à chaque moment se change leur courage. (Garnier, I, Antoine, I, 145.) Il m'en fait chaque jour sans changer mon courage. [Cinna, 77.) Un moment a changé ce courage inflexible. {Estlier, II, U.) Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage
Changent un peu votre courage! (La Fontaine, XI, 2.)
•95. Var. Je lui fais trop de grâce encor de consentir. (1643-1656.) A consentir, en consentant. Voyez le v. 618.
897. Corneille etses coiUcm'porains suppriment souventlarticle devant même
Et César quelque jour aura même destin. (Rotrou, Grisante,) Il éleva la vôtre avec même tendresse. [Cinna, 1398.) César éprouvera même sort à son tour, {Pompée, 588.)
898. Mettant différence; on dirait plutôt aujourd'hui : mettant de la difiTôfence, faisant une différence entre les coupables, distinguant entré eux.
899. Félix veut dire : J'ai sacrifié la justice à l'amour paternel. Trahir « 'ci le sens du latin tradere^ livrer par trahison.
Métrobate l'a fait par des terreurs paniques
Feignant de lui trahir mes ordres tyranniques. {Nicomède, I, 5.) Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort I {Héraclius, IV, 1.)