‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 109 sur 147 · FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE

FÉLIX

Albin, en est-ce fait? 955

Oui, Seigneur, et Néarque a payé son forfait.

951. LoAtr sont, sont pour evix ce que pour nous sont les plaisirs. Voyez la même locution et aussi la même idée au v. 1536.

Accoutumée à fuir, l'exil m'est peu de chose. {Médée, 773.)

952. Rapprochez de ces paroles de Pauline ce beau portrait que Tertullien trace du chrétien dans son Apologétique : « Neminem pudet, neminem pœnitet, nisi plane rctro non fuisse; si denotatur, gloriatur; si accusatur, non

défendit; interrogatus, vel ultro confitctur; damnatus, gratias agit Prœ-

lium est nobis, quod provocamur ad trîbunalia, ut illic sub discrimine capitis pro veritate certemus. Victoria est autem, pro quo certaveris, obtinere. Ea

Victoria habet et gloriam placcndi Deo et praedam vivendi in aeternum

Gruciate, torquete, damnate, atterite nos : probatio est enim innocentiae nostrae iniquitas vestra. » — « Chose étrange et digne d'une longue considération ! En ce temps-là, il y avait de la presse à se faire déchirer, à se faire brûler pour Jésus-Christ. L'extrême douleur et la dernière infamie attifaient les homixies au christianisme ; c'étaient les appas et les promesses de cette nouvelle seote. Ceux qui la suivaient et avaient faveur à la cour, avaient peur d'être oubliés dans la commune persécution ; ils allaient s'accuser eux-mêmes, s'ils manquaient de délateurs. Le lieu où les feux étaient allumés et les bêtes, déchaînées s'appelait en langue de la primitive E,2:lise la place où l'on donne des couronnes. (Balzac.) » Marc-Aurèle reprochait même aux chrétiens de mourir d'une façon trop tragique. Dans le Saint Genest de Rotrou, Adrien, irartyr chrétien, jadis persécuteur, afffermit son cdurage en se souvenant de ces exexnples d'héroïsme :

J'ai vu, Ciel, tu le sais, par le nombre des âmes

Que j'osais t envoyer par des chemins de flammes,

Dessus les grils ardents et dedans les taureaux.

Chanter les condamnés et trembler les bourreaux ;

J'ai vu tendre aux enfants une gorge assurée

A la sanglante mort qu'ils avaient préparée,

Kt tomber sous le coup d'un trépas glurieux

Ces fruits a peine éclos. déjà mûrs pour les cieux. (U B.)

FÉLTX.

Et notre Polyeuete a vu trancher sa vie?

ALBIN

Il l'a vu, mais, hélas 1 avec un œil d'envie.

II brûle de le suivre, au lieu de reculer ;

Et son cœur s'affermit, au lieu de s'ébranler. 960

PAULINE

Je vous le disais bien. Encore un coup, mon père, Si jamais mon respect a pu vous satisfaire, Si vous l'avez prisé, si vous l'avez chéri...

FÉLIX

Vous aimez trop, Pauline, un indigne mari.

PAULINE

Je l'ai de votre main : mon amour est sans crime ; 965

Il est de votre choix la glorieuse estime ;

Et j'ai, pour l'accepter, éteint le plus beau feu

Qui d'une âme bien née ait mérité l'aveu.

Au nom de cette aveugle et prompte obéissance

Que j'ai toujours rendue aux lois de la naissance, 970

Si vous avez pu tout sur moi, sur mon amour.

Que je puisse sur vous quelque chose à mon tour !

Par ce juste pouvoir à présent trop à craindre,

Par ces beaux sentiments qu'il m'a fallu contraindre,

Ne m'ôtez pas vos dons ; ils sont chers à mes yeux, 975

Et m'ont assez coûté pour m'être précieux.

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