‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 126 sur 147 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Certes, ou les chrétiens ont d'étranges manies. Ou leurs félicités doivent être infinies,

Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter 1325 Ce que de tout l'empire il faudrait acheter.

Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt pi opices, Eussent de votre hymen honoré mes services, Je n'aurais adoré que l'éclat de vos yeux. J'en aurais fait mes rois, j*en aurais fait mes dieux; 1330 On m'aurait mis en coudre, on m'aurait mis en cendre, Avant que...

PAULINE

Brisons là; je crains de trop entendre, Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux, Ne pousse quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connaissez Pauline tout entière. 1335

Mon Polyeucte touche à son heure dernière, Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment, Vous en êtes la cause, encor qu'innocemment. Je ne sais si votre âme, à vos désirs ouverte, Aurait osé former quelque espoir sur sa perte ; 1340 Mais sachez qu'il n'est pas de si cruel trépas Où d'un front assuré je ne porte mes pas,

de la galanterie au xvii» siècle, c'est ce qui le fait paraître si inférieur à Polyeucte ' dont le langage est autrement viril. Pauline sent la différence et va montrer qu'elle la sent.

1323. Ici manie a un sens un peu moins fort qu'au v. 830.

1324. Leurs félicités, au pluriel, comme au v. 1534, pour leur félicité; ces pluriels abstraits sont fréquents chez Corneille et l'on a déjà eu l'occasion de le remarquer. Voyez les v. 725 et 1285.

1330. Ceci, dit M. Géruzez, paraît imité des vers célèbres de du Rycr, que la Rochefoucauld a parodiés :

Pour mériter sbn cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait U guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.

Il est certain que Corneille n'a pu connaître la parodie de la Rochefoucauld, très postérieure: quant à VAlcionée de du Ryer, tragédie représentée en 1630,^ il a pu s'en souvenir vaguement ici. En tout cas, il faut rétablir ainsi les vers de du Ryer, souvent altérés dans les citations qu'on en fait:

Pour obtenir un bien si çrand, si prépieux,

J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.

1333. Sur le mot chaleur, voyez la note du v, 936, Qui sent vos premieis feux qui témoigne que vos premiers feux ne sont pas éteints :

Que ces prétentions sentent les âmes basses ! {Tite, 1229.)

1334. Ne pousse quelque suite, n'entraîne quelque conséquence.

1336. Mon Polyeucte! comme le ton a changé ! et comme la confidence du pre micr acte à Stratonice est bien loin !

1338. Encor que, tour excellent, plus usité alors qu'aujourd'hui pour bien que :

Etcor gu'W soû sans crime, il n'est pas innocent. {Nicomède. 434.)

Qu'il n'est point aux enfers d'horreurs que je n'endure

Plutôt que de souiller une, gloire si pure,

Que d'épouser un homme, après son triste sort, , 1345

Qui de quelque façon soit cause de sa mort ;

Et, si vous me croyiez d'une âme si peu saine,

L'amour que j'eus pour vous tournerait tout en haine.

Vous êtes généreux, soyezvle jusqu'au bout.

Mon père est en état de vous accorder tout : 4350

IJ vous craint; et j'avance encore cette parole,

Que, s'il perd mon époux, c'est à vous qu'il l'immole.

Sauvez ce malheureux, employez-vous pour lui ;

Faites-vous un effort pour lui servir d'appui.

Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande; 1355

Mais plus l'effort est grand, plus la gloire en est grande.

Conserver un rival dont vous êtes jaloux,

C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous ;

Et si ce n'est assez de votre renommée,

C'est beaucoup qu'une femme autrefois tant aimée, 1360

Et dont l'amour peut-être encor, vous peut toucher.

Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher;

Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère.

Adieu. Résolvez seul ce que vous voulez faire;

Si vous n'êtes pas tel que je l'ose espérer, 1365

Pour vous priser /encor, je le veux ignorer. ^

1345. « Par la construction, n'est le triste sort de cet homme qu'elle épouserait en secondes noces, et par le sens, c'est le triste sort de Polyeucte dont il s'agit. »

i Voltaire.) Le sens est très clair, d'ailleurs : comme Pauline, nous ne pensons qu'à ^olyeucte.

1348. Tournerait^ se tournerait, se changerait.

1351. Vons avancez des mots que je ne puis comprendre. [Œdipe, 969.)

1353. « Pauline charme, ravit, quand elle exige de Sévère (qu'elle aime et qu'elle pourrait épouser par la mort de Polyeucte), qu'il se serve de tout son crédit pour obtenir la grâce de Polyeucte, qu'elle n'aime pas. » (La Harpe,) La Harpe se trompe : la femme qui parle ainsi aime maintenant beaucoup plus Polyeucte que Sévère.

1354. Faitf.s-mus un effort, faites un effort sur vous-même, sur votre passion, sachez en triompher. Aux v. 1596 et 1689, on verra encore se faire un effort, ainsi construit.

Voilà tous les efforts qu'enfin j'ai pu me faire. (Pertharite, 743.) De [effort qu'il s'est fait il gémit, il soupire. {Sophonisbe, 170'8.)

1358. Horace dit à Curiace, à peu près dans les mêmes termes: Une telle vertu n'appartenait qu'à nous. [Horace, 11, 3.)

1362. Toucher, cher, rime fréquente, surtout alors. On faisait rimer alors avec ces infinitifs les mots amer, mer, fer, air, etc. La prononciation s'est depuis modifiée. ■

1364. Var. Je m'en vais sans réponse après cette prière, '

Et si vous n'êtes tel que je l'ose espérer. (1644-1656.)

1366 * Il n'est point du tout naturel que Paulin* sorte sans recevoir \Lut

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