ibid., U
Est-ce pour se venger de l'involontaire admiration que lui Inspire cet héroïsme, qu'il s'abaisse jusqu'à reproduire les puériles insinuations de Stratonice dans Polyeucte, et qu'il affecte de redouter
Cette noire magie, ordinaire aux chrétiens ?
Qu'importent ces ressemblances de détail? Il suffit de censtater que l'esprit de ce double « mystère » est le même, et qu'aux mêmes épreuves sont soumis les mêmes héros. Ecoutez ce fier dialogne entre Didyme, émule généreux de Théodore, et son ami Cléobule :
Donne à ton Dieu ton cœur, au nôtre quelque feinte : Un peu d'encens offert auX pieds de leurs autels Peut égaler ton sort au sort des immortels. — Va, dangereux ami que l'enfer me suscite, Ton damnable artifice en vain me sollicite... Ma raison s'est troublée, et mon faible a paru. Mais j'ai dépouillé l'homme, et Dieu m'a secouru 2.
Ce dernier vers ne suffirait-il pas à résumer le caractère entier de Polyeucte ? Mais que font les beaux vers lorsqu'ils brillent isolés sur une intrigue invraisemblable ou répugnante? Aussi Théodore ne réussit-elle pas ; c'est Corneille lui-même qui l'avoue : « La représentation de cette pièce n'a pas eu grand éclat. »
Le seul imitateur vraiment cornélien de Corneille a été JRotrou. Bien des fois on a rapproché Saint Genest de Polyeucte pour l'unique plaisir sans doute de faire une comparaison, car il y a loin de l'austérité presque janséniste qui triomphe dans Polyeucte à la fantaisie romanesque qui se joue dans Saint Gènes ty et l'on sait aujourd'hui, grâce à la récente découverte de M. Léonce Person^, que Saint Genest est imité non seulement de V Adrien du père Cellot, mais d'une pièce de Lope de Vega, Lo Fingido Verdadero, Voltaire s'est pourtant donné la maligne satisfaction de louer Rotrou en plus d'un endroit aux dépens de Corneille,
Sans doute l'Adrien et le Genest de Rotrou, illuminés par la grâce, ne sont pas indignes de parler le langage enthousiaste de Polyeucte, et de conquérir
Par un moment de mal l'éternité d*un bien *.