‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 14 sur 147 · Saint Genest, IV. â · texte numérisé non relu

Saint Genest, IV. â

La profession de foi d'Adrien, comme celle de Théodore; rappelle celle de Polyeucte, avec moins de fermeté précise :

La nouveauté, seigneur, de ce Maître des maîtres

Est devant tous les temps et devant tous les êtres :

G'^st lui qui du néant a tiré l'univers.

Lui qui osçssus la terre a répandu les mers.

Qui de l'air étendit les humides contrées,

Qui sema de brillants les voûtes azurées, ,

Qui fit naître la guerre entre les éléments

Et qui régla des cieux les divers mouvements.

La terre à son pouvoir rend un muet hommage ;

Les rois sont ses sujets, le monde est son partage.

Si l'onde est agitée, il la peut raffermir;

S'il querelle les vents, ils n'osent plus frémir;

S'il commande au soleil, il arrête sa course;

Il est maître de tout, comme il en est la source ;

Tout subsiste par lui, sans lui r#ien n'eût été.

De ce Maître, seigneur, voilà la nouveauté*.

Si les stances de^Genest dans sa prison n'ont pas l'ampleur des stances de Polyeucte, elles sont peut-être pénétrées d'une mélancolie plus moderne ^. Mais que la situation est différente ! Le conibat qui se livre dans l'âme de Genesl, ce païen farouche devenu chrétien fervent, n'est point le combat émouvant de l'amour hnmain contre Tamour divin, car Genest est seul, et n'a même pas près de lui, comme l'Adrien dont il joue le rôle, sa Nathalie, image effacée de Pauline, comme Anthime est l'image effacée de Néarque. Dès lors rissue de la lutte se laisse trop prévoir, ou plutôt la lutte n'existe plus : en vain la comédienne Marcelle, une Stratonice animée de préjugés aussi aveugles, mais qui remplace les injures par des raisonnements, se fait, avec une chaleureuse âpreté, l'écho des objections dirigées par Celse contre le christianisme : on sait trop d'avance qu'elle sera, vaincue. Entre la haine des persécuteurs et l'enthousiasme du néophyte on cherche, sans la trouver, l'indulgente philosophie d'un Sévère. En revanche, tout se précise et s'anime : c'est dans les coulisses d'un théâtre que nous sommes cntroicicts ; ce a'âst pas un martyr quelconque, c'est le comédien Genest qui est le héros du drame, et sa profession, que le poète a soin de ne nous laisser jamais oublier, donne un relief plus vivant à ses moindres- paroles. De là un intérêt de curiosité, en même

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