‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 22 sur 147 · Cours analytique de littérature générale, t. I · texte numérisé non relu

Cours analytique de littérature générale, t. I

dans le troisième, il le fait; il y persiste, dâns le quatrième, et, dans le cinquième, il en est puni, ou plutôt récompensé par le martyre. Mais l'acte de la crise, l'acte vraiment dramatique et qui donne la clef de ce caractère, c'est le quatrième, où le sacrifice se consomme.

Pour mieux faire ressortir ces douloureuses incertitudes de Polyeucte, Corneille a pris soin, dès la première scène du premier acte, de l'opposer àJSéarque, ce stoïcien du christianisme, qui enseigne et pratique le renoncement à toutes les affections humaines. Chrétien de longue date, d'une foi plus apaisée, mais aussi plus ferme et plus inexorable, Néarque porte une main brutale sur les tendres scrupules de cette âme encore frémissante, qui ne voudrait se donner à Dieu qu'à demi. Propager la foi chrétienne, soit dans l'ombre, soit au grand jour des supplices, c'est l'unique souci de cet apôtre : tout est méprisable à ses yeux des pensées qui n'ont pas pour objet le ciel. Aussi, de quel œil de pitié considère-t-il ce disciple au cœur faible, qui se laisse attendrir par les pleurs d'une femme ! Vienne la grâce pourtant, compagne du baptême, et le maître, k son tour, aura besoin d'être entraîné

Ï)ar le disciple, et la bouillante ardeur du néophyte étonnera e catéchiste plus froid, résolu à mourir, s'il le faut, mais désireux de ménager sa vie, parce qu'elle importe au triomphe de sa foi. Cette opposition de l'ancien et du nouveau chrétien n'est pas seulement d'une exactitude historique admirable, elle est aussi dramatique au suprême degré, car Néarque est là pour nous permettre de mesurer le chemin qu'a parcouru Polyeucte, et d'assister en quelque sorte à la progression de la grâce dans cette âme d'abord indécise, puis enflammée soudain.

La grâce pourtant suffit-elle à faire de Polyeucte un illuminé, désormais insensible à tout? Mais au monient même où, sortant du baptême, il va faire part à Néarque de son projet, il ne trouve pas d'éloges assez chaleureux pour glorifier les vertus de Pauline, si douces à son cœur « amoureux* ». Plus tard, quand il n'a plus à dissimuler, quand, dans la prison, la visite de Pauline lui est annoncée, n est-il pas saisi d'une émotion profonde? n'a-t-il point peur de voir couler ces belles larmes qui tant de fois . déjà l'ont troublé? ne sent-il pas le besoin d'invoquer contre « un si fort ennemi » le secours de Dieu et celui de Néarque qui l'a précédé dans la mort? Ces stances du quatrième acte ne sont-elles qu'un beau morceau lyrique, et n'y entendons-nous pomt le

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