‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 24 sur 147 · Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique · texte numérisé non relu

Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique

irahit : « 0 ciel! » sëcrie-t-il, quand, pour la deuxième fois, Il voit entrer Pauline desespérée ; mais il reprend aussiluL son masque d msensibilité, et Pauline n'obtient de lui que la plus sèche des réponses : « Vivez avec Sévère ^ )> Il n'est donc poml vrai que 1 amour divin ait complètement étouffé en lui l'amour huniam ; tous deux n'en font plus qu'un; il aime en Pauline la ctiretienne future. Même, il n'est pas vrai qu'il la repousse pour la jeter de force dans les bras de Sévère : elle doit choisir entre Sévère et le monde, d'un côté, Poljeucte et le ciel, de 1 autre. Dans la dernière scène où il paraît, exalté par 1 approche du martyre, mais encore maître de lui, iJ présente a Pauline cette alternative en des termes bien remarquables :

Je vous l'ai déjà dit, et vous le dis encore,

Vivez avec Sévère, ou mourez avec moi.

Je ne méprise point vos pleurs ni votre foi;

Mais, de quoi que pour vous notre amour m'entretienne,

Je ne vous connais plus, si vous n'êtes chrétienne 2.

Est-ce là le langage d'un fanatique intraitable, dont lame est fermée à toute tendresse? et l'homme qui affecte ailleurs tant d'impassibilité est-il bien celui qui, en sortant pour aller à la mort, jette à sa femme cet adieu ému :

Chère Pauline, adieu; conservez ma mémoire?

Deux conclusions ressortent de cette analyse : d'abord il n'est pas vrai que Polyeucte atteii^ne sans effort au martyre, c'est-à-dire à la sainteté, car il est homme dans toute la première partie de la pièce ; puis, même après la crise du quatrième acte, qui le transfigure et déjà le sanctifie, il n'est pas vrai qu'il se repose dans une perfection impassible.

Ilumaincnicnt, sans doute, Sévère est mieux fait'pour attirer et fixer notre sympathie, comme Guriace nous plaira toujours mieux qu'Horace. Horace el Polyeucte n'en restent pas moins les héros que Corneille propose à notre admiration. En thèse générale, d'ailleurs, on peut dire que ceux-là seuls dan* le théâtre cornélien méritent le nom d'amants héroïques, qui de plus en plus admirables, sont aussi de plus en plus aimés. Or, Sévère, spectateur impartial des événements, personnage moins actif que contemplateur et raisonneur, ajoute beaucoup par sa seule présence à l'intérêt de l'action, mais n'est pas le centre de cette action et ne la dirige pas; en tous cas les in-

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